
Le serment des Horaces, de Jacques-Louis David (1785, 300*420cm)
Le tableau montre alors l’instant tragique où les Horaces prêtent serment à leur père de défendre leur patrie jusqu’à la mort.
Cette scène à forte intensité dramatique guide notre premier regard vers le point de fuite par la main qui tient les épées, ces armes se trouvent alors au point central de la composition, en plein centre de la règle des tiers, et symbolisent la ferme volonté des Horaces.
Le choix de placer le centre d’intérêt au milieu de la composition et non sur l’un des axes forts n’est pas original, mais efficace vu le contexte narratif.
Bien que les gestes des Horaces et de leur père suivent des diagonales, une épée et un bras se détachent des deux autres par leurs directions, pleinement verticales pour l’épée et pleinement horizontales pour le bras. C’est peut-être là une allusion à la suite de l’histoire qui narre qu’un seul des Horaces survivra et viendra à bout des Curiaces, un seul Horace, dont le geste trahi peut-être un caractère plus prompt à la ruse qu’à l’emportement des affections.
La position en rangée dont l’éloignement est figuré par la diminution des dimensions des Horaces sur une diagonale renforce l’union que confère le serment, notamment avec le détail de la main d’un des frères enserrant la taille de celui du premier plan et d’autant plus par la force qui se dégagent de leurs jambes musclées, en assise pyramidale et de la solennelité de leurs bras et mains tendus.
Un honneur qui répond à la figure du patriarche, exhortant ses fils à des sentiments de fierté patriotique comme le montre sa position, au centre de la composition, ses mains élevées tenants les épées, comme s’il prenait le ciel à témoin.
En revanche tout ce volontarisme appuyé par de viriles verticales ascendantes contraste avec le groupe de femmes où les courbes descendantes abattues démontrent tout leur désespoir, d’épouses et de mère.
Les couleurs participent aussi activement au dynamisme de la composition, le rouge est porté par les personnages masculins pour accroitre leur proximité et souligner leur présence. Pour contraster cet effet, le bleu est employé pour les autres personnages ainsi que des couleurs froides et ternes.
Ce qui est caractéristique dans cette composition c’est la redondance du chiffre trois, trois Horaces, leurs trois sœurs, l’autre groupe à peine visible (leur mère et leurs enfants, trois en tout), trois épées, trois arches, trois colonnes et surtout un plan général constitué de trois grandes lignes de construction. Un caractère sacré dans une architecture où les dalles sont alignées sur les lignes de convergence du point de fuite.
Les regards et les bras des personnages sont aussi révélateurs, suivants la ligne médiane pour les hommes et prenants une direction descendante pour les femmes qui se lamentent du côté fermé, du mur, alors que les Horaces ont derrière eux un espace ouvert comme s’ils étaient prêts à partir pour conquérir une liberté qui leur demande de protéger le confort et la solidité de leurs foyers au prix de leurs probables sacrifices.
La lance d’un des Horaces équilibre la diagonale sur laquelle se tient leur père dans un ensemble trapézoïdal.
La composition participe aussi à la trame de la scène à travers son sens de lecture, de gauche à droite, très dynamique par les Horaces, élevé et ralenti par le patriarche et stoppé, écrasé par les autres groupes.
Le groupe des femmes et des enfants constitue une rupture sévère dans la composition, non seulement dans l’espace qu’il occupe, plus faible, mais en plus tout a été fait pour diminuer sa présence, ce qui déséquilibre le tableau et se ressent au premier coup d’œil, mais cela à aussi l’avantage de fixer l’attention du spectateur plutôt sur les Horaces et ainsi sur plus précisément sur le thème du tableau.
Grandeur, force, héroïsme se dégagent de cette œuvre épique par un style grandiose qui en assure une grande cohérence. Une composition donc très étudiée pour un tableau au thème historique inspiré d’évènements politiques troubles. Jacques-Louis David démontre par là un grand talent pour faire passer ses sentiments et idéaux, d’une manière peut-être un peu trop théâtrale. En revanche sa technique de composition est très rationnelle et peut s’appliquer à d’autres œuvres, ce qui fait de cet artiste un choix pertinent pour toute représentation formelle historique dont les sentiments s’inscrivent dans le présent. Ce qui démontre aussi de la part du peintre une recherche permanente de la perfection et peut par sa méthodologie claire et simple s’enseigner facilement.
«Reste devant la porte si tu veux qu’on te l’ouvre.
Rien n’est fermé jamais, sinon à tes propres yeux.»
Farid Al-Din Attar - Langage des oiseaux

Très belle explication de cette peinture magistrale qui veut “impressionner” l’esprit!
Les axes majeurs sont plus fortement marqués que chez un Poussin par expemple, qui utilise des lignes beaucoup plus subtiles!
Merci pour ce partage!
Mes amitiés
C’est clair, le manque de subtilité peut frapper et on comprend du coup son attrait pour la révolution et l’impérialisme et son succès qui en découle.