Le conte de la Princesse Kaguya

Kaguya Le conte de la Princesse Kaguya

Kaguya - Mont Fuji

Un vieux cou­peur de bam­bou ren­trait à la mai­son dans les ombres du soir. Au loin par­mis les tiges de bam­bous plu­meux il aper­çut une lumière douce. Il alla voir de plus près ce que cela pou­vait être et vit que celà venait d’entre les tiges. Il écarta les tiges de bam­bou soi­gneu­se­ment et y trouva une petite fille. Elle mesu­rait seule­ment quelques cen­ti­mètres, mais elle était aussi belle qu’une fée. Il se demande même si elle n’était pas réel­le­ment une fée. Il la prit et l’emmena alors chez lui et raconta à son épouse com­ment il l’avait trou­vée. Ils étaient très heu­reux car ils n’avaient pas d’enfants et ils l’aimèrent comme si elle était leur fille.

En quelques années elle devint une jeune femme. Elle était aussi douce et brillante qu’elle était belle. Une douce lumière sem­blait tou­jours la suivre. Quand le temps fut venu de lui don­ner un nom ils l’appelèrent la prin­cesse au bam­bou, parce qu’elle avait été trou­vée parmi les bam­bous, et parce qu’elle était plus belle que n’importe quelle princesse. Les gens enten­dirent par­ler de sa beauté et beau­coup jetaient un œil par la haie au bord du jar­din dans l’espoir de la voir. Tout ceux qui l’ont vue l’ont trou­vée si belle qu’ils sont reve­nus plu­sieurs fois pour la regar­der à nouveau. Parmi ceux qui vinrent sou­vent à la haie se trou­vaient cinq princes. Chacun pen­sait que la prin­cesse au bam­bou était la femme la plus belle qu’ils n’avaient jamais vue, et cha­cun la sou­hai­tait comme épouse. Au point que cha­cun des cinq princes écri­vit au père de la prin­cesse pour deman­der sa main. Le vieil homme reçut les cinq lettres en même temps. Le vieil homme ne savait ni qui choi­sir ni que faire. Il avait peur, aussi, que s’il choi­sis­sait un des princes, les quatre autres seraient fâchés. Mais la prin­cesse eut un plan. « Faites-les venir tous ici, » dit-elle, « alors on pourra choi­sir au mieux. »

C’est ainsi qu’un jour les cinq princes se ren­dirent à la mai­son du cou­peur de bam­bou. Ils étaient très heu­reux d’avoir une autre chance de la voir, et cha­cun pen­sait qu’il serait celui avec qui elle se marie­rait. Mais la prin­cesse ne sou­hai­tait se marier avec aucun d’entre eux, elle sou­hai­tait res­ter avec son cher père et sa chère mère et prendre soin de ses parents tant qu’ils étaient en vie. Ainsi elle donna à cha­cun une tâche impos­sible à accomplir. Au pre­mier, elle demanda d’aller en Inde et de trou­ver la grande cuvette en pierre de Bouddha. Le second avait pour mis­sion de lui appor­ter une branche des arbres à bijoux qui pous­saient sur la mon­tagne flot­tante de Horai. Le troi­sième prince a demandé ce qu’il pour­rait faire pour mon­trer son amour. La prin­cesse lui répon­dit qu’il pour­rait lui appor­ter une longue robe faite à par­tir des peaux des rats du feu. Elle demanda au qua­trième d’apporter le bijou que le dra­gon des mers porte à son cou et le cin­quième prince devait lui appor­ter la coquille que les hiron­delles main­tiennent cachée dans leurs nids.

Les princes se sont dépê­chés loin, cha­cun était impa­tient d’être le pre­mier à reve­nir, et ainsi d’épouser la belle prin­cesse au bambou.

La grande cuvette en terre de bouddha

On raconte que très loin en Inde se trouve la grande cuvette en terre qui appar­te­nait au grand Bouddha. On dit aussi qu’elle brille de mille feux et qu’elle est incrus­tée des plus belles pierres précieuses.

Elle serait cachée dans l’obscurité d’un temple et les rares per­sonnes qui l’ont vue ne peuvent s’empêcher de s’éterniser sur sa beauté. Le prince qui était censé par­tir à la recherche de la cuvette était très pares­seux. Au début, il avait vrai­ment l’intention de se rendre en Inde mais plus il y pen­sait, moins il avait envie d’y aller. Il demanda aux marins com­bien de temps cela pren­drait pour se rendre en Inde et en reve­nir. Ils lui répon­dirent que cela pren­drait trois ans. Entendant ceci il décida de ne pas y aller. Trois ans pour aller cher­cher une cuvette, et une vieille­rie de surcroît! Alors pen­dant trois ans il resta dans une autre ville puis trouva une cuvette dans un temple. Il prit soin de la recou­vrir d’une fine soie puis y déposa une lettre expli­quant les péri­pé­ties de son voyage. La prin­cesse reçut son paquet et se trouva déso­lée de la peine que s’était don­née le prince mais en débal­lant le paquet elle y décou­vrit une cuvette de pierre tout à fait normale. Il essaya de lui rendre visite mais elle refusa de le voir. Elle était très fâchée et lui ren­voya son colis ayant com­pris qu’il avait essayé de la tromper.

Le prince se sen­tit triste mais savait qu’il l’avait bien mérité et ren­tra chez lui. Il garda la cuvette pour se rap­pe­ler que l’on n’obtient rien de ce monde sans peine ni effort.

La branche de l’arbre aux bijoux

Le prince à la recherche des branches de l’arbre à bijoux était très riche et malin. Il ne croyait pas qu’il puisse exis­ter une mon­tagne flot­tante appe­lée Horai, il ne croyait pas qu’il puisse exis­ter des arbres d’or avec des bijoux en guise de feuilles. Malgré tout, il a dit qu’il par­ti­rait à sa recherche. Il dit au revoir à tous ses amis et des­cen­dit vers le bord de mer. Là il ren­voya tout le monde sauf quatre de ses domes­tiques car, dit-il, il vou­lait par­tir discrètement.

Il se passa trois ans sans que qui­conque ne le revoie ou n’entende par­ler de lui. Mais un jour il appa­rut sou­dai­ne­ment à la prin­cesse, tenant une branche mer­veilleuse en or avec des fleurs et des feuilles de tous les bijoux colorés. Elle pria le prince de racon­ter son voyage.

“J’ai navi­gué loin d’ici,” dit-il, “ne sachant où aller. J’ai laissé le vent et les vagues me por­ter à leur gré.”

“Nous sommes pas­sés par beau­coup de villes magni­fiques et de pays étranges. Nous avons vu les grands dra­gons de mer sur l’eau, dor­mants pen­dant que les vagues les ber­çaient. Nous avons vu les ser­pents de mer jouer au fond de l’océan. Nous avons vu des oiseaux étranges, avec des corps d’animaux. Parfois nous avons navi­gué avec une doux vent et par­fois nous avons flotté sans aucune brise pour nous pous­ser pen­dant des jours et des semaines. Parfois de vio­lentes tem­pêtes fai­saient rage. Les vagues s’élevaient, aussi hautes que des mon­tagnes. Des vents sau­vages ont emporté au loin nos voiles. Nous étions pro­je­tés vers des lieux incon­nus.
A nou­veau, nous avons vu de grands rochers sur les­quels les vagues se bri­saient dans dans un nuage d’écume blanche.
Pendant des jours et des semaines nous n’avons mangé aucune nour­ri­ture et et n’avons bu aucune eau. Les grandes vagues qui nous cer­naient nous don­naient encore plus soif mais nous ne pou­vions pas boire l’eau salée.
Enfin, au moment même où j’ai pensé que nous allions mou­rir, j’ai vu la crête d’une grande mon­tagne se sou­le­ver hors de la mer. Nous nous sommes pré­ci­pi­tés vers elle. C’était la mon­tagne flot­tante de Horai.
Nous en avons plu­sieurs fois fait le tour avant que je ne puisse trou­ver un endroit pour débar­quer. Enfin j’ai vu une petite crique et j’ai ancré là. Quand je suis allé sur le rivage se tenait une belle fille avec un panier de nour­ri­ture. Elle déposa le panier et dis­pa­rut immé­dia­te­ment.
Je mou­rais de faim, mais je n’ai pas tou­ché la nour­ri­ture jusqu’à ce que j’ai cassé une branche d’un des arbres cou­verts d’or et de joyaux afin de vous l’apporter ici. Ensuite, je suis retour­ner sur notre embar­ca­tion.
Les hommes étaient recon­nais­sants pour la nour­ri­ture et nous avons fes­toyé toute la jour­née. Le matin, au lever, la mon­tagne avait dis­paru.
Un vent vif souf­flait, et en quelques jours nous étions de retour. Je suis venu direc­te­ment du bateau pour vous appor­ter ceci.”

Les larmes per­laient aux yeux de la prin­cesse en pen­sant à la façon dont il avait souf­fert pour lui appor­ter cette branche de bijou.

C’est alors que trois hommes vinrent en deman­dant au prince: “Pourriez-vous nous payer main­te­nant?” demandèrent-ils. Le prince essaya de les conduire plus loin, mais la prin­cesse leur dit de res­ter.
“Que lui vou­lez vous?” leur demanda-t-elle?
“Pendant trois années nous avons tra­vaillé pour faire cette belle branche d’or. Maintenant qu’elle est finie nous vou­lons notre salaire.“
“Où étiez-vous durant ces trois années?“
“Dans une petite mai­son près du bord de mer“
”Le prince était-il avec vous?“
“Oui.”

Le prince éprouva honte et colère. Il savait que la prin­cesse ne pour­rait plus jamais croire en lui et il par­tit vivre loin dans un autre pays.
La prin­cesse donna la branche cou­verte d’or et de joyaux aux ouvriers pour les payer de leurs années de tra­vail et ils par­tirent heu­reux et recon­nais­sants envers la prin­cesse pour sa bonté.

La longue robe de Feu

Le troi­sième prince devait appor­ter la robe longue faite de la four­rure des rats du feu. Il était riche et très aimé. Il avait des amis dans toutes les régions du monde. Il avait même un ami très cher qui habi­tait en Chine. Le prince lui envoya un mes­sa­ger avec un grand sac plein d’or, lui deman­dant de trou­ver la longue robe  faite des peaux des rats du feu. Quand son ami lut la lettre il était très triste. ”Comment puis-je faire ceci?” se dit-il. “Qui a jamais entendu par­ler d’une telle chose ! Mais je ferais tou­jours n’importe quoi pour prince Abe, aussi j’essayerai de satis­faire sa demande.” Il envoya des mes­sa­gers par­tout en Chine afin de cher­cher cette robe longue et mer­veilleuse, mais ils tous revinrent tris­te­ment dire qu’ils ne l’avaient pas trouvée. Il demanda dans chaque temple, à chaque prêtre s’ils savaient quoi que ce soit sur cette robe longue et où il pour­rait la trou­ver mais la réponse était tou­jours la même : per­sonne ne savait bien que cha­cun ait entendu par­ler de ce manteau. Il envoya qué­rir tous les négo­ciants qui avaient par­couru tous les endroits de la Terre. Aucun d’eux ne savait non plus. Enfin il se dit pen­sant à son ami le prince, “Ce man­teau que prince Abe demande ne peut pas être trouvé. Je ne peux pas trou­ver une telle chose. Demain je lui ren­ver­rai son sac d’or et lui dirait que j’ai réel­le­ment fait de mon mieux mais que je ne peux pas trou­ver ce qu’il souhaite.” Le matin sui­vant, alors qu’il était sur le point de ren­voyer le mes­sa­ger de retour du Japon il enten­dit un grand bruit dans la rue et regarda dehors.

Une grande troupe de men­diants pas­sait près de là. “Je vais leur deman­der s’ils ont entendu par­ler de cette robe longue du feu,” pensa-t-il. On fit alors entrer les mendiants. Ils furent éton­nés d’être invi­tés dans la mai­son de ce grand sei­gneur et d’être intro­duits dans la salle même où il se trouvait. Il leur dit ce qu’il dési­rait et demanda si dans leurs cam­pagnes ils avaient jamais entendu par­ler de cette robe longue de feu et s’ils savaient où il pour­rait la trouver. Ils le dévi­sa­gèrent, sur­pris. Certains lui rirent presque au nez. Quelle affaire! Qu’un des plus grands sei­gneurs du pays en soit rendu à leur deman­der, à eux les men­diants, une longue robe de feu. L’un après l’autre, ils lui dirent qu’ils avaient entendu par­ler d’elle mais que ce n’était seule­ment qu’une his­toire parce qu’il n’existait nulle part une telle chose.

Tous par­tirent sauf un vieil homme. Il clau­di­qua jusqu’au sei­gneur et se mit à genoux avant lui. “Mon sei­gneur,” dit-il, “quand j’étais un enfant je me rap­pelle d’avoir entendu mon grand-père me dire quelque chose au sujet de cette robe longue du feu. Elle a été cachée dans un temple au som­met d’une cer­taine mon­tagne, à des cen­taines de milles d’ici.”

Le sei­gneur fut enchanté d’entendre cela mais il demanda pour­quoi ses mes­sa­gers n’avaient pas trouvé ce temple, lui qui les a envoyé visi­ter tous les temples dans cette par­tie du pays. Chaque homme déclara qu’il n’y avait aucun temple sur cette mon­tagne. “Il y en avait un au temps de mon grand-père,” dit le men­diant, “Feu He était là et a vu la belle robe longue de feu de ses propres yeux.” Le sei­gneur envoya des mes­sa­gers à la recherche du temple de cette mon­tagne, le vieux men­diant avec eux.

Quand ils eurent atteint le som­met ils ne trou­vèrent aucun temple, seule­ment un tas de pierres. Ils firent quelques recherches autour et finirent par trou­ver une grande boîte de fer enter­rée sous les pierres. Ils ouvrirent cette boîte et y trou­vèrent enve­lop­pée dans de riches soie­ries une robe longue étrange et faite d’une belle four­rure. Ils la por­tèrent joyeu­se­ment au sei­gneur qui fut très heu­reux de la rece­voir, vous pou­vez en être sûrs. Il l’envoya aussi rapi­de­ment que pos­sible au prince Abe qui n’en n’était pas moins joyeux de la rece­voir que son ami l’avait été. Il retira le man­teau de la boîte de fer, déplia les riches soie­ries et observa avec plai­sir la belle four­rure argen­tée. “Incroyable, comme elle sera ravie la prin­cesse au bam­bou en voyant cela!” pensa-t-il. Alors il se sou­vient que chaque fois que cette longue et mer­veilleuse robe était mise dans le feu elle deve­nait plus lumi­neuse et argen­tée qu’avant.

“Rien ne peut être trop beau pour la belle prin­cesse au bam­bou, ainsi je le met­trai dans le feu une fois de plus afin qu’elle puisse être plus belle qu’elle ne l’a jamais été pour qui­conque auparavant.”

Ainsi il fit pré­pa­rer un feu et mit la robe dedans. Comme un éclair les flammes rouges bon­dirent et s’élancèrent et avant qu’il ne puisse la sai­sir du feu il ne res­tait plus qu’une fumée argen­tée qui s’en allait au loin por­tée par le vent et des cendres argen­tées qui obs­cur­cis­saient le rouge des charbons. Pauvre Prince Abe ! Il était navré. Il ne pou­vait pas blâ­mer son fidèle ami parce qu’il avait fait de son mieux. Il était tout de même ras­suré de ne pas avoir donné cette robe à la prin­cesse avant de l’avoir mise au feu sans savoir qu’elle était fausse, parce qu’alors elle aurait pu pen­ser qu’il vou­lait la tromper.

Il pou­vait seule­ment lui écrire pour tout lui expli­quer et ensuite s’en aller vivre ailleurs, loin.

La prin­cesse fut très triste quand elle sut ce qui s’était pro­duit parce qu’elle savait que cet homme disait vrai. Elle lui envoya un mes­sage lui deman­dant de venir à elle mais lui était déjà parti et elle n’entendit plus par­ler de lui par la suite.

Le bijou du dra­gon de mer

Prince Lofty était celui qui devait rap­por­ter le bijou du dra­gon. C’était un grand rustre dou­blé d’un lâche. Naturellement il avait l’intention d’obtenir le bijou du dra­gon mais vous pou­vez être sûr qu’il n’eut pas l’idée de faire l’effort lui-même. Il convo­qua foule de ses domes­tiques et sol­dats et leur dit ce qu’il vou­lait. Il leur donna beau­coup d’argent pour cou­vrir leurs besoins et leur dit d’aller et de ne pas se mon­trer jusqu’à ce qu’ils lui aient trouvé le bijou du dragon. Les hommes prirent l’argent assez rapi­de­ment et par­tirent mais pas dans l’idée de trou­ver le bijou. Se sont-ils seule­ment inter­es­sés à cette quête? Ils ne pen­saient pas qu’il puisse exis­ter une telle chose, et, même si celà était vrai, ils étaient cer­tains que le vieux dra­gon était très loin d’être prêt à s’en dépos­sé­der. Lui prendre ce bijou était le moindre de leurs soucis!

En atten­dant, prince Lofty fai­sait construire un palais pour la prin­cesse. Il n’avait pas à un seul moment douté qu’il serait celui qui gagne­rait son cœur, ainsi il aurait une mai­son prête à la recevoir. Il n’y en eu jamais de si beau dans cette par­tie du pays avant. Toutes les boi­se­ries fut laquées, décou­pées ou incrus­tées d’or et des pierres pré­cieuses. Aux murs furent accro­chées des ten­tures de soies peintes par les meilleurs artistes. Alors il atten­dit ses hommes, prêt à rece­voir le bijou mais per­sonne ne vint. Il atten­dit toute une année. Alors il se fâcha et décida qu’il irait lui-même. Il appela quelques uns de ses domes­tiques res­tant et leur dit de pré­pa­rer bateau pour partir. Les domes­tiques furent effrayés quand ils sur­ent ce qu’il allait cher­cher et le prièrent d’abandonner sa quête par crainte que le dra­gon ne les tue tous. “Lâches!” hurla le prince Lofty. “Lâches“regardez moi et appre­nez com­ment être brave. Pensez-vous que j’aurais peur d’un dra­gon, moi? ”

Ainsi ils enta­mèrent leur périple et tout se pré­sen­tait bien pen­dant deux ou trois jours. “Vous ne voyez pas que le dra­gon a peur de moi?” s’écria le prince fièrement. Puis un soir une féroce tem­pête se sou­leva. Le bateau tan­guait. D’énormes vagues se bri­saient contre la coque du bateau. La pluie était tor­ren­tielle, la foudre illu­mi­nait le ciel et le ton­nerre grondait. Le brave prince Lofty était sûr que le bateau cou­le­rait et s’ils ne mou­raient pas noyés alors la foudre les tueraient. Il se blot­tit au fond de la cale du bateau, effrayé. Il pria le pilote et les autres hommes de le sau­ver. “Qu’attendez vous pour quit­ter cet endroit?” gémit-il. “Voulez-vous de me tuer? Est-ce là tout le res­pect que vous avez pour la vie de votre grand prince? Sortez moi de ce pétrin ou je tue­rai cha­cun de vous avec mon grand arc.”

Les hommes pou­vaient à peine se rete­nir de rire, c’était seule­ment sur son ordre qu’ils avaient levé les voiles aux hauts vents. Quant à les tuer, ils savaient qu’il était inca­pable de sou­le­ver une flèche encore moins de ban­der son arc. Le pilote répon­dit : “Mon prince, ce doit être le dra­gon qui envoie ceci pour nous contrer. Il vous a entendu dire que vous le tue­rez afin de prendre le bijou de son cou. Vous devez lui pro­mettre que vous ne le bles­se­rez pas et alors peut-être il nous lais­sera la vie.” Prince Lofty était dis­posé à pro­mettre n’importe quoi avoir pour mettre fin à ce cau­che­mard, ainsi il pro­mit qu’il ne tou­che­rait jamais le dra­gon, même pas le moindre des poils sur le bout de sa queue.

Au bout d’un moment la tem­pête cessa, la foudre aussi, et les vagues se cal­mèrent. Prince Lofty était trop malade, cepen­dant, pour se rendre compte de quoi que ce soit jusqu’à ce qu’enfin ils arrivent sur la terre ferme. Ils le sou­le­vèrent hors du bateau et l’étendirent sous un arbre. Quand enfin il sen­tit la terre ferme il éclata en san­glots et se pro­mit que main­te­nant que la terre ferme était sous ses pied, elle y res­te­rait à jamais. Il était sur une île loin du Japon, mais il ne retour­ne­rait jamais sur un bateau, pas même pour cent prin­cesses. Ainsi il passa là le reste de sa vie.

Le beau palais qu’il fit construire pour la prin­cesse n’eut à accueillir que les chauve-souris et les hiboux et par­fois une sou­ris égarée ou deux.

La coquille du nid des hirondelles

Le prince qui devait trou­ver la coquille cachée dans le nid des hiron­delles était un homme très fier et noble. Quand il revint de sa visite à la prin­cesse il fit venir son domes­tique principal.

« Savez-vous quelque chose au sujet de la coquille que les hiron­delles gardent cachée dans leur nid ? » demanda-t-il?

L’homme le regarda fixe­ment: « La coquille dans les nids des hiron­delles ? Quels nids ? »

« Je ne sais pas. Je veux que vous décou­vriez pour moi. Je veux cette coquille. »

« Peut-être le jar­di­nier sau­rait plus à son sujet. Puis je lui deman­der ? » Ainsi il appela le jardinier.

« Vous savez où est la coquille que les hiron­delles main­tiennent cachée dans leur nid ? » demanda-t-il au jar­di­nier. « Non, je ne l’ai pas vue. La voulez-vous? Je deman­de­rai au por­teur d’eau s’il l’a vue. » Ainsi appela-t-il le por­teur d’eau.

Le por­teur d’eau dit qu’il ne savait rien à ce sujet mais appela un autre homme. Cet homme en appela d’autres et ainsi de suite, jusqu’à ce que tous les domes­tiques soient appe­lés. Personne n’avait jamais vu la coquille. Enfin ils deman­dèrent aux enfants. Un petit gar­çon pensa qu’il en avait vu une par le passé. Il avait été en haut du toit de la cui­sine à la recherche d’oeufs des hiron­delles et pensa qu’il avait peut-être vu une coquille dans un des nids. Peut-être était-ce la coquille que le prince souhaitait?

Le prince fut enchanté et ordonna à ses hommes de recher­cher les nids d’hirondelle sur le toit de la cui­sine. Ils s’y ren­dirent et cher­chèrent mais ils pou­vaient pas atteindre les nids, disaient-ils, parce qu’ils était au som­met même du toit.

« Mais vous devez trou­ver une manière de les atteindre, » hurla le prince, « recher­chez chaque nid et ne reve­nez pas jusqu’à ce que vous ayez trouvé. »

Les hommes pas­sèrent trois jours à essayer de se his­ser vers le haut, mais échouèrent. Enfin ils consta­tèrent qu’avec une corde et un panier un homme pou­vait être monté de sorte qu’il put regar­der dans les nids. Ils cher­chèrent et recher­chèrent mais ne trou­vèrent aucune coquille.

Le prince s’impatienta et se ren­dit à la cui­sine lui-même voir ce qu’il se passait.

« Cette fois vous tenez la coquille? » demanda-t-il.

« Non, il n’y a aucune coquille là. » répon­dirent les hommes.

Alors le prince, furieux, insista pour être hissé sur le toit lui-même pour voir. Les hommes essayèrent de l’en dis­sua­der mais il sauta dans le panier et leur ordonna de le sou­le­ver sur le champ. Les hommes n’osèrent pas déso­béir et le sou­le­vèrent. Quand il fut à hau­teur des nids les hiron­delles com­men­cèrent à lui don­ner des coups de bec car elles s’inquiétaient pour leurs oeufs et avaient peur que leurs nids ne soient mis en morceaux.

Elles volèrent vers lui si vio­lem­ment qu’elles man­quèrent de peu de lui cre­ver les yeux.

« A l’aide! A l’aide ! » cria le prince. Les hommes com­men­cèrent à abais­ser le panier. Il se rap­pela alors la coquille et plon­gea sa main dans un nid. Il y avait quelque chose de dur là. Il s’en sai­sit mais per­dit son équi­libre, dégrin­gola du panier et se cogna le cou sur le four­neau chaud.

Ses hommes le rele­vèrent aus­si­tôt mais il avait été brûlé et meur­tri. Dans sa main il tenait une coquille, certes, mais c’était un peu de coquille d’oeuf et l’oeuf avait écla­boussé sa main et son visage. Il décida que c’était là tout ce qu’il pour­rait reti­rer de sa quête.

Dans le temps que ses bles­sures mirent à gué­rir, il avait tout oublié de la prin­cesse et ne remonta plus jamais regar­der dans les nids des hirondelles.

La nuée du Mont Fuji

Les années pas­sèrent et la prin­cesse avait bien pris soin de son père et de sa mère. Ils étaient très vieux maintenant.

Maintenant ils avaient com­pris pour­quoi elle avait demandé aux cinq princes d’accomplir des tâches impos­sibles. Elle vou­lait vraie­ment res­ter avec ses parents mais elle a savait qu’en refu­sant d’épouser l’un ou l’autre des princes ils pour­raient se fâcher et nuire à son père. Chaque jour elle deve­nait de plus en plus belle, aimable et douce. Quand elle eu vingt ans, ce qui est déjà un âge avancé pour une demoi­selle japo­naise, sa mère mou­rut et elle est fut très triste.

Toutes les fois que la pleine lune éclai­rait la terre avec sa douce lumière elle s’isolait pour pleurer. Un soir en été alors qu’elle était assise sur son bal­con à obser­ver la lune elle san­glo­tait tel­le­ment qu’on aurait pu pen­ser que son coeur se était brisé. Son vieux père vint à elle et lui dit, « Ma fille, par­lez moi de votre tris­tesse. Je sais que vous avez essayé de me la cacher de peur que je puisse m’en affli­ger aussi, mais il me navre de vous voir si triste et de me sen­tir si impuis­sant face à votre chagrin. Alors la prin­cesse lui dit : « Je pleure, cher père, parce que je sais que je dois bien­tôt vous quit­ter. Ma mai­son est vrai­ment dans la lune. J’ai été envoyée ici dans le but de prendre soin de vous mais main­te­nant le moment est venu et je dois par­tir. Je ne sou­haite pas vous lais­ser, mais je le dois. Quand la pro­chaine pleine lune vien­dra ils enver­ront des gens pour moi. »

Son père était triste en effet d’entendre ceci, mais répon­dit : « Pensez-vous que je lais­se­rai n’importe qui venir vous enle­ver ? J’irai à l’empereur lui-même et deman­de­rai son aide. »

« Ce sera inutile. Personne ne peut me gar­der ic quand le moment sera venu» répondit-elle tristement.

Cependant, son père alla voir l’empereur et lui révéla toute l’histoire. Le grand empe­reur fut tou­ché par l’amour et le dévoue­ment de cette demoi­selle qui avait choisi de res­ter avec ses parents afin de prendre soin d’eux. Il pro­mit d’envoyer une armée entière pour gar­der la mai­son quand le moment viendrait. Le vieux cou­peur de bam­bou revient à la mai­son très heu­reux mais la prin­cesse était plus triste que jamais.

La vieille lune s’effaça. Pendant quelques nuits seul le bleu des cieux et l’or du soleil tenait le pre­mier rôle. Puis un minus­cule fil argenté appa­rut juste aprés le cou­cher du soleil. Chaque nuit il s’élargissait et brillait de plus en plus. Chaque jour la prin­cesse deve­nait plus triste. L’empereur se rap­pela sa pro­messe et a envoya une grande armée cam­per devant de la mai­son du vieux cou­peur de bam­bou. Des cen­taines d’hommes furent pla­cés sur le toit de la mai­son. Sûrement per­sonne ne pour­rait entrer par une telle garde.

La pre­mière nuit de la pleine lune arriva. La prin­cesse atten­dit sur le bal­con le lever de la lune. Lentement, au-dessus des arbres sur la mon­tagne se leva le grand disque argenté. La nature se fai­sait silencieuse. La prin­cesse se ren­dit auprès de son père. Il était étendu, comme endormi. Quand elle s’approcha de lui il ouvrit les yeux. « Je vois main­te­nant pour­quoi vous devez par­tir, » dit-il alors « C’est parce que je m’en vais aussi. Merci, ma fille, pour tout le bon­heur que vous nous avez apporté. » Alors il ferma les yeux et elle constata qu’il était mort.

La lune deve­nait plus haute et plus grande. Une ligne de lumière comme un pont fée­rique jaillit du ciel jusqu’à la terre. Descendant de ce pont, comme la fumée gui­dée par le vent, sont appa­rues des troupes innom­brables de sol­dats en armure brillante. Il n’y avait aucun bruit, aucun souffle de vent, mais ils avan­caient promptement. Les sol­dats de l’empereur se figèrent comme de la pierre. La prin­cesse s’avança à la ren­contre du chef de ces visi­teurs merveilleux.

« Je suis prête » dit-elle. Il n’y avait aucun autre bruit. Silencieusement il lui remit une tasse minus­cule. Elle l’a bu. C’était l’eau de l’oubli. Toute sa vie sur terre s’effaça de sa mémoire. Une fois de plus elle était une ser­vante de la lune et vivrait pour toujours. Le chef éten­dit dou­ce­ment un man­teau de plumes aussi blanches que la neige brillantes sur ses épaules. Ses vieux vête­ments glis­sèrent alors à terre puis disparurent.

Montant comme les brumes du matin qui se trouvent le long du lac, la com­pa­gnie blanche passa len­te­ment au des­sus du Fuji Yama, la mon­tagne sacrée du Japon.

Montant a tra­vers la blan­cheur de la lune, la longue ligne pas­sée, ils ont alors atteint les portes argen­tées de la ville de lune où tout est bon­heur et paix.

Les hommes disent qu’encore actuel­le­ment des brumes blanches per­lées s’échappent de la cou­ronne sacrée du Fuji Yama, comme un pont flot­tant vers cette ville féé­rique au loin dans le ciel.

FIN

Traduit de l’anglais par Cécilia et Moi.


4 Réponses à l'article “Le conte de la Princesse Kaguya”

  1. Carlib dit :

    Quelle belle his­toire!
    Un “pre­view” des féé­ries de Nöel!
    Et j’aime aussi bcp le des­sin japo­nais, il est très déli­cat et illustre par­fai­te­ment ce beau conte!
    Merci!

  2. monic dit :

    Quel beau cadeau de nous avoir tra­duit ce conte! La fin est mys­té­rieuse: quel enfant n’a pas rêvé un jour de rejoindre la lune…
    Il y a aussi beau­coup d’enseignements dans cette his­toire, à médi­ter donc durant cette période elle aussi mystérieuse.

  3. Zipanu dit :

    Content que cela vous plaise, le des­sin japo­nais est celui d’Hokusai. Bonne semaine.

  4. Coralie dit :

    Une bien jolie histoire!

Exprimez votre nature ❦

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«Reste devant la porte si tu veux qu’on te l’ouvre.
Rien n’est fermé jamais, sinon à tes propres yeux.»

Farid Al-Din Attar - Langage des oiseaux






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