Écoanxiété : l’appel au réveil

Un concept émerge de plus en plus dans notre espace médiatique, c’est celui d’écoanxiété.
Comme on peut le déduire, il s’agit d’une angoisse qui concerne les préoccupations environnementales.
Quand j’ai entendu parler de ce concept la première fois, il me semblait qu’il s’agissait là d’un antiécologisme déguisé.
En glissant le concernement des problèmes environnementaux dans le cadre de la psychopathologie, on domestiquait voir gommait les émotions rebelles et l’indignation pour masquer les responsabilités sous prétexte de se préoccuper de votre santé mentale.
Sommes-nous tombés dans le piège ou pouvons-nous encore objectiver ce concept ?

Les origines du vacillement

Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l’homme, mais pas assez pour assouvir son avidité.

Gandhi

Les origines théoriques de l’expression écoanxiété semblent venir d’une autre époque, il faut remonter à 50 ans en arrière, où l’on craignait une catastrophe environnementale de grande envergure (nucléaire, marée noire, etc.).

Le terme est donc relativement ancien et son concept ne date pas d’hier, allons plus loin c’est même presque dans nos gènes, par exemple, le déluge est probablement un mégafléau qui a laissé une marque indélébile. Et il en existe bien d’autres de ce genre, tremblements de terre, volcanisme, sécheresses, orages, incendies, etc., la littérature antique est très probablement prolixe sur ce thème.

Finalement, tout au long de l’histoire, il aurait fallu être fou pour être dépourvu de toute angoisse lié à une catastrophe naturelle, cela aurait été même dangereux pour l’avenir de l’humanité. Quand l’objectif de nos ancêtres était de se prémunir contre ces catastrophes contre lesquelles ils étaient impuissants, les craintes étaient présentes, mais le contexte était différent.

De nos jours c’est notre propre action de développement qui est remise en question, plus de démons titanesques, plus d’impiétés imaginaires, mais des traces de plomb dans les carottes glaciaires, premiers indices d’une activité humaine polluante qui ne cessera de s’intensifier de l’antiquité, au moyen-âge jusqu’à aujourd’hui. Si les catastrophes naturelles ne suffisaient pas dans un système relativement homéostatique, il aura fallu que chacun contribue, par le simple fait de faire société (consommatrice et énergivore), à en provoquer une dangereuse déstabilisation en escalade. L’aile de l’anthropocène semble alors couver l’écoanxiété.

Seulement l’environnement n’a jamais été la seule source d’inquiétude de l’humanité, d’autres fléaux suivent avec plus ou moins de connexions, les guerres, les maladies, les caprices de la technologie, les dérives sociales, politiques et idéologiques, etc.

Ce qui suggère de nous tourner vers une approche moins focus.

Une crise existentielle

Les plantations ont été le moteur de l’expansion européenne. […] Mais il manque un ingrédient : elles enlèvent l’amour. En lieu et place de l’affection qui reliait les gens, les plantes et les lieux, les planteurs européens ont introduit la culture par coercition.

Anna Tsing, Proliférations

Si l’on creuse, on peut partir sur ces pistes, d’avis de psychiatres : le contexte actuel fait resurgir avec gravité les préoccupations fondamentales qui sont ainsi impactées, la mort, la liberté, l’isolement et l’absence de sens.

L’effondrement de l’écosystème, parallèlement à l’augmentation des maladies.
La participation à une société polluante et la marginalisation de la remise en question.
Un rapport déséquilibré entre la bonne volonté individuelle et les systèmes pollueurs.

En d’autres termes, l’environnement devient par notre propre action le miroir de nos erreurs et de nos faiblesses.
C’est un sentiment de conviction que nous faisons fausse route.
Et c’est un choc, en comparaison de l’éducation que nous avons reçue, où chaque erreur était rapidement corrigée, où la raison prime sur la déraison.

Que faire d’un développement aussi destructeur ?
Où est la frontière entre un développement vertueux et sa dérive toxique ?
À quoi bon savoir lire, écrire, faire des études, travailler si c’est pour se tirer une balle dans le pied ?

Ce que l’écoanxiété contemporaine nous révèle, c’est qu’une partie de nos plus grands maux reposent sur la base qui fait société. Le dilemme est étourdissant. On en prend le pouls dans les productions culturelles, par exemple avec la littérature de science-fiction avec tous ces scénarios d’une société en effondrement, avec pour n’en citer que deux, « Ravage » de René Barjavel, paru déjà en 1943, à de nos jours, « Sans oublier la baleine » de John Ironmonger.

Parmi les œuvres télévisuelles, une série (abandonnée à la fin de la première saison…), est très intéressante sur ce thème, « Moonhaven » To save humanity, escape human nature, en abordant les enjeux de crise avec les ressorts de la nature humaine, la série tapait juste en posant de bonnes bases de questionnements. Notamment, entre autres, des remises en question éthiques radicales (gestion des émotions, modèle familial, adaptation sociale).

Les cataractes du wake-up

Ce qui importe pour la vie sur terre se manifeste dans la transformation et non dans les arbres de décision d’individus autosuffisants.

Anna Tsing, Le champignon de la fin du monde

Notre impact sur l’environnement a longtemps été considéré comme impensable.
Lorsque cet impensable commençait d’être sérieusement documenté, des mouvements radicaux sont apparus.
Quand l’écologie est devenue un débat public, et l’idée d’un environnement maltraité acceptable, la politique n’avait pas d’autre choix que de s’emparer du sujet.
L’écologie, par le prisme d’une fenêtre d’Overton (« la fenêtre d’Overton désigne l’éventail des idées acceptables dans le débat public à un moment donné »), devient la marotte d’une posture qui n’a pas forcément de sensibilité écologiste.

Ce qui découle concrètement de ce principe, c’est l’écoblanchiment ou greenwashing.

L’Unicef présente des statistiques sur l’impact de l’écoanxiété sur les enfants (Unicef Usa), les deux tiers des jeunes entre 16 et 25 ans dans le monde sont inquiets à propos des problèmes environnementaux et plus encore trouvent le futur effrayant.

Sans aller à dire que cela est rassurant de constater la lucidité de nos jeunes, ce qui serait vraiment effrayant serait plutôt l’inverse !

Il est tentant, si l’on est en situation de déni, de faire usage de la corrélation illusoire, quand l’inquiétude légitime doit glisser vers la pathologie et vice-versa. En masquant le déni et avec un esprit d’opportunité, juste parce que cela rentre dans la fenêtre d’Overton, ce sujet peut devenir une course à l’échalotte où chaque geste en faveur de l’écologie devient une arme, où le sachant exclut le nouvel impie, c’est à dire tout être en désadhésion de quête de dominance.
C’est un danger qui peut atteindre un concept aussi relativement récent dans la culture populaire, et ce n’est pas la seule problématique qui peut être ainsi biaisée.

Le cœur sous-jacent du problème

Une structure sociale et politique destructrice trouve son alibi dans le pouvoir de combler ses victimes par des thérapies qu’elles ont appris à désirer.

Ivan Illich

Rappelons-nous les difficultés majeures à faire entrer l’écologie dans le débat public, quand nous avions observé depuis fort longtemps directement l’impact de notre mode de vie sur l’environnement, quand même les scientifiques en apportaient les données.

S’oppose paradoxalement à un monde en souffrance un mode de vie jamais atteint dans l’histoire.
L’eau coule à volonté des robinets, la nourriture est disponible toute l’année.
Une espèce de paradis illusoire apporte un bonheur normatif.
Au vu de ces bénéfices pourquoi remettre en question ce système auquel participe tout le corps social, et dans lequel une majorité trouve un terreau propice à son hybris personnelle ?

Pour conserver les bénéfices de chacun, il est tentant de trouver une alternative qui ne puisse gêner le système qui les produit. Peu importe la nature de ce système au final, dans chaque crise réside une opportunité, dans chaque bénéfice une vanité et dans chaque orgueil assouvi une calamité.
Mais on ne peut obtenir un changement sans changements, la tentation est donc de maintenir un contrôle en occupant l’espace de communication et en singeant des valeurs idéalisées, tout en affaiblissant celles de ceux qui s’y opposent.

Le dilemme de l’écoanxieux est fondamentalement d’origine sociale, promettre une thérapie individuelle à un problème systémique relève d’une tragique ironie.

Chaque personne est concernée, nous vivons tous dans la nature, quand vous lisez ceci, il y a probablement des centaines de formes de vie autour de vous dans un rayon de quelques mètres.
Seulement, si nous détruisons cette nature, dont nous sommes issus, c’est peut-être que nous n’avons pas pris le temps d’apprendre à la voir.
S’approprier un concept, comme s’émerveiller, ce n’est pas voler des idées ou assouvir son égo, c’est ne plus faire de frontière entre tout ce qui nous entoure et tout ce qui nous contient, sans notion de haut, de bas, de droite ou de gauche.

Prenez soin de tout

Terre Mère, Merci pour ta beauté, et pour tout ce que tu m’as donné. Rappelle-moi de ne jamais te prendre plus que ce dont j’ai besoin, et rappelle-moi de toujours redonner plus que je prends.

Prière Lakota

La nature n’a pas besoin de nous, mais nous, nous avons désespérément besoin d’elle.

Face à ce constat, une question émerge : et si l’écoanxiété n’était pas un fardeau à guérir, mais un signal à écouter ? Un rappel que nous sommes liés à tout ce qui vit – et que cette connexion, justement, est notre meilleure chance de survie.

L’écoanxiété n’est pas une maladie mentale à proprement parler, d’après une étude américaine (The prevalence of climate change psychological distress among american adults) pour 3% des personnes interrogées adultes c’est un problème de santé mentale et on peut se douter que l’écoanxiété est un amplificateur d’autres problèmes sous-jacents, mais c’est surtout une faille par laquelle entre la réalité d’un monde brutal dans lequel mieux vaut savoir que d’ignorer.
Pour certains, face aux changements climatiques, c’est déjà un stress post-traumatique, pour d’autres c’est un sentiment plus diffus.
Notre connexion à la nature, notre culture, nos réflexions, nos pensées sont profondément humaines, et si notre nature humaine ne change jamais, nous avons la possibilité d’abandonner des pratiques toxiques.

Toutefois il est impossible d’agir si la course au mieux-être ne permet pas un bien-être.
Et si l’on ne connait plus le bien-être, il est difficile de favoriser ce qui le produit.

Anticiper le stress prétraumatique, et se préparer au bien-être, dès maintenant, est un travail incontournable et de longue haleine.


Pour compléter :

Éco-anxiété : un trouble émergent lié au dérèglement climatique à la Revue du praticien.
L’éco-anxiété : quand le climat inquiète les étudiants sur le site du Cnrs, sciences humaines et sociales.
Le philosophe Ivan Illich exorcise la société de surcroissance sur Radiofrance.
On a trouvé la meilleure BD pour soigner son éco-anxiété, sur Urbania.
Quand les dérives favorisent le risque de régression, explications sur le backlash, sur Tilt.
Crédit image ci-contre : Générée par le Chat, Mistral.

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    • Faire un long commentaire démontre une bonne capacité de réflexion et d’analyse, cela permet aussi de « digérer » le texte lu, et c’est plutôt agréable à lire.
      Pas grave pour les fautes, je ne suis pas un grammairien et je fais mes propres erreurs aussi.
      Merci d’avoir partager cette réflexion, c’est un article qui me dérange moins maintenant que son contenu a été lu et réfléchi, c’est un bel esprit de partage.
      Bonne soirée

  1. Bonjour Fabrice,

    Je crois bien que je n’ai pas validé mon premier commentaire alors que je me relisais tout en pensant l’avoir fait vu qu’il n’apparaît pas. Heureusement, j’avais préparé ma réponse sur une page Word. Donc voilà…

    Super ce texte entre malaise personnel et prise de conscience « collective » (je mets délibérément des guillemets car je ne suis pas certaine qu’elle soit si collective que ça). Il offre une réflexion salutaire sur le phénomène de l’écoanxiété. Plutôt que d’y voir un simple trouble psychologique « très tendance », il invite à comprendre cette angoisse comme le symptôme d’une tension de plus en plus profonde au fil du temps, entre notre responsabilité individuelle et collective, et l’échec évident de nos systèmes.

    L’un des aspects les plus frappants de cette analyse, c’est la mise en garde contre une forme d’antiécologisme déguisé. En étiquetant l’angoisse environnementale comme une pathologie, on risque en effet de désamorcer une indignation pourtant légitime. Si on considère l’écoanxiété comme une maladie, alors oui, on se contente de la soigner par des pilules ou des séances de thérapie. Si on la reconnaît comme un signal d’alarme rationnel, alors la réponse doit être l’affaire de tous, individuelle, collective mais aussi industrielle et politique.

    En effet, le « malaise » n’est pas dans la tête de celui qui regarde le monde se dégrader, il est bien dans l’état du monde lui-même. Et c’est bien là que la situation est sérieuse : cela n’a rien d’une vue de l’esprit quoi que certains en disent !

    La peur a changé de visage, il ne s’agit plus de la colère des dieux, de la fatalité des catastrophes naturelles exceptionnelles. Ce n’est même plus une peur, ce sont des angoisses qui se retournent contre nous dès lors que nous prenons conscience de ce que nous avons nous-mêmes créé et de fait, l’écoanxiété est devenue le « miroir brutal de nos propres erreurs ».

    Nous avons crié à la liberté tout en nous enfermant dans ce paradis factice du facile et de l’accessible (l’eau qui coule du robinet, la nourriture à profusion et disponible en permanence, l’électricité, le chauffage…) sans nous poser plus de question que ça. Nous avons juste profité puis nous nous sommes endormis en prenant soin de nous détourner des réalités (car elles peuvent se transformer en pièges en très peu de temps, et il suffit de regarder un peu les infos pour le prendre en pleine face). A ce propos, je ne sais pas si de ton côté tu as remarqué le nombre de personnes qui refusent toute information de nos jours, c’est impressionnant, autant que ceux qui refusent de s’intéresser à la politique et ne vont plus voter. Une sorte de lâcher-prise contagieux pour s’enfermer dans sa propre bulle d’individualité.

    Pour en revenir à l’écologie qui était à la base de nobles réflexions sur nos erreurs comportementales, cela n’a pas atteint son but premier car le débat public et les consultations publiques sont totalement ignorés au bénéfice de cet hypocrite greenwashing, tout cela avec l’alibi du bien-être (comme lunettes noires) pour nous cacher un modèle qui reste, dans son essence, destructeur.

    Et si l’angoisse était une chance ? C’est peut-être par cette douleur qui nous ronge l’esprit (et le corps) que nous parviendrons à retrouver la conscience de notre appartenance au vivant et à l’interdépencance qui nous lie.

    Merci pour ce texte qui est un magnifique plaidoyer pour une lucidité sans concession en nous rappelant que l’écoanxiété c’est le pouls d’une humanité qui commence (peut-être) à comprendre qu’elle est sur une bien mauvaise voie. A nous d’en faire un moteur qui nous pousse à abandonner ce qui nous détruit, en réapprenant non pas à voir mais à regarder avec attention, et surtout, à respecter, cette formidable Nature dont nous dépendons totalement.

    Cependant, je ne suis pas forcément optimiste sur le réveil individuel, justement au nom de ce confort auquel l’Homme s’est tellement accroché ; Pas forcément optimiste non plus devant une « philosophie » de domination de l’homme sur la terre et les animaux, sur la possession facile, toute aussi facile que celle de jeter sans réellement se préoccuper des conséquences. Pas optimiste quand j’observe l’individualisme de nos sociétés modernes alors qu’on se prétend intellectuellement ouvert sur le monde mais qu’on vit selon le diktat des algorithmes. Pas optimiste avec la montée du nationalisme dans le monde. Pas optimiste avec le niveau éducatif qui régresse de manière inquiétante. Pas optimiste non plus sur la volonté des dirigeants de ce monde qui me semblent bien plus préoccupés par leur pouvoir présent en proférant des menaces, générant des conflits en sacrifiant des populations entières… que de l’avenir de la planète et de ses locataires. Peut-être tout simplement pour attirer notre attention… ailleurs !

    J’ai lu pas mal de romans d’anticipation à une certaine époque, et on voit bien que ce n’est plus de l’utopie, on s’y dirige pour ne pas dire qu’on y est déjà ;-( L’Homme a-t-il mérité cette splendide et unique planète ?

    Cette phrase que je reprends est tellement vraie : « Chaque personne est concernée, nous vivons tous dans la nature, quand vous lisez ceci, il y a probablement des centaines de formes de vie autour de vous dans un rayon de quelques mètres ».
    Mais combien d’entre nous vont réellement l’observer ?
    Dans le même temps, combien vont s’émerveiller devant des constructions modernes « grandioses » qui imperméabilisent les sols ; Devant des influenceurs qui se vantent de leur si belle réussite ; Devant des voitures hors de prix ; Devant ces egos démesurés qui ont l’impression d’avoir une vie merveilleuse en collectionnant les voyages en avion a pris low cost pour pouvoir les afficher sur les réseaux ; Devant cette absence de conscience devant la souffrance contenue dans un foie gras ou dans celle de manger des Cerises à Noël qui proviennent de l’autre bout … et la liste est longue.
    Pour ma part, j’ai délibérément choisi le bien être d’un retour de vie au cœur de la nature et de manière simple, terre à terre, réfléchie, mais je suis bien conscience d’être privilégiée d’avoir pu réaliser ce choix qui cependant demande des efforts. Je fais de mon mieux pour ne rien abîmer, et même individuellement, on peut au moins limiter grandement les dégâts.
    Ecoanxieuse ? Nonnnnn ! Qu’est ce qui pourrait bien laisser supposer cela ?

    Merci pour ce partage très riche et passionnant et désolée de m’être peut-être laissée aller sur ce bien long commentaire.

    Bonne journée Fabrice.

    • Bonsoir Pascale,

      Pas de soucis, mon site est configuré pour faire en sorte que le premier commentaire soit validé, du coup, si tu utilises une adresse mail différente, il le placera en attente de validation.

      La lucidité peut être lourde, des fois, je me demande s’il ne vaut pas mieux rester dans sa bulle, se raconter des histoires magiques ou pas et se croire fort tant que tout va bien, mais ce sont aussi des chaines lourdes à porter, comme l’a écrit Victor Hugo la liberté commence là où l’ignorance cesse.
      Avec la politique c’est compliqué de s’intéresser à un domaine représenté par des personnes qui se retrouvent vite rattrapées par la corruption du pouvoir.
      S’informer vraiment demande beaucoup d’effort, et ce n’est pas la priorité des médias.

      Il y a aussi énormément de disparités sociales dans chaque pays, on en parle rarement, mais une même commune a pu nourrir des personnes qui prennent l’avion comme si c’était banal, et d’autres qui ne sortiront de leur région. Pour tous, en revanche, il y a toujours des miroirs aux alouettes.

      Je te rejoins là-dessus, il n’y a pas de quoi être très optimiste et je pense qu’Hubert Reeves à tout dit dans cet extrait :

      « Je pense que l’humanité n’est pas nécessairement la favorite de la nature,
      que l’humanité peut très bien disparaître,
      que nous ne sommes pas une espèce sacrée,
      qu’il y a eu 10 millions d’espèces animales jusqu’ici,
      que neuf millions ont été éliminés…
      On n’est pas l’espèce élue, comme on l’a cru pendant longtemps ;
      la nature peut très bien se passer de nous.
      Et elle ne nous éliminera pas ;
      c’est nous qui pourrions nous éliminer. »

      J’ai toujours pensé qu’il fallait construire des ponts entre les gens, de différentes classes sociales, de pays, de culture, etc.
      Du moins que chacun conserve une curiosité à aller vers la compréhension et l’acceptation de l’autre sans le juger.
      Et quand j’étais plus jeune, je voyais internet comme un formidable outil pour cela, et j’y crois encore, peut-être naïvement.

      • Bonjour Fabrice,

        Il est juste que la lucidité a un prix, et dans cette période tumultueuse, c’est celui d’un certain confort mental. Pour autant, je suis d’accord avec Hugo : l’ignorance est une cage dorée, mais c’est une cage quand même. On a parfois envie de s’y réfugier par pure tranquillité d’esprit.

        J’ai toujours été convaincue que l’humanité n’était pas la « favorite » de la Nature et du fait qu’elle n’a absolument pas besoin de nous. Nous ne sommes pas des maîtres, nous ne sommes que des passagers.

        Ta vision des « ponts » entre les gens est peut-être la seule forme d’optimisme qui tienne la route. Ce n’est pas forcément naïf de croire en l’outil (Internet, drones, IA…) dépend simplement de la main qui le tient. Il peut en faire le meilleur comme le pire.

        Bonne fin de semaine.

  2. Un long et intéressant billet sur l’écoanxiété… Je ne commenterai pas dans le détail même si je l’ai lu attentivement.
    Je ne connaissais pas vraiment le nom de cette maladie… Mas je dois en souffrir ! Je ne suis guère optimiste sur l’avenir de l’humanité… Il me paraît bien sombre…
    L’effondrement de l’écosystème m’attriste !
    La pollution, les catastrophes naturelles, les guerres, les maladies… Comment ne pas nous en inquiéter…
    On devrait prendre soin de tout…
    Je relève ce passage : « La nature n’a pas besoin de nous, mais nous, nous avons désespérément besoin d’elle. Face à ce constat, une question émerge : et si l’écoanxiété n’était pas un fardeau à guérir, mais un signal à écouter ? Un rappel que nous sommes liés à tout ce qui vit – et que cette connexion, justement, est notre meilleure chance de survie. »
    Gardons néanmoins de l’espérance pour ne pas sombrer dans la sinistrose.
    Merci Fabrice pour ce partage.
    Bon mercredi

    • Ca arrive, si c’est vraiment une erreur qui perturbe la compréhension je peux la corriger.
      Comme ici on peut facilement voir qu’il s’agit d’un simple oubli, je ne suis pas trop pointilleux !
      Par contre là j’ai corrigé l’adresse de ton blog d’ailleurs, il y avait du http en trop, cela arrive souvent d’ailleurs tu n’es pas la seule.

  3. Bonjour Fabrice,
    Merci pour ce texte très intéressant.
    Combien l’on comprend que la nouvelle génération souffre d’écoanxiété ! En réalité, c’est une réaction tout à fait logique au vu de ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux. De mon point de vue, cet état d’anxiété quasi permanent est peut-être même un signe positif. En effet, n’est-ce pas à partir d’un constat de déséquilibre alarmant que l’on peut avoir envie d’agir concrètement en vue de rétablir au plus vite l’équilibre ?
    J’ai noté dans ton texte une phrase très intéressante :
    « L’eau coule à volonté des robinets, la nourriture est disponible toute l’année.
    Une espèce de paradis illusoire apporte un bonheur normatif.
    Au vu de ces bénéfices pourquoi remettre en question ce système auquel participe tout le corps social, et dans lequel une majorité trouve un terreau propice à son hybris personnelle ? »
    Tout est dit dans cette phrase. Malheureusement, et c’est très triste, l’être humain ne commence à réagir que lorsque les événements le touchent personnellement et mettent en péril son propre équilibre.
    Il est certain que le constat actuel de la situation planétaire est plus qu’attristant et par bien des aspects effrayant. Toutefois, je reste confiante et je crois en la capacité de résilience de l’être humain. Je pense que les générations futures seront de toute façon obligées de trouver des solutions si elles veulent survivre. Elles devront également opter obligatoirement pour un nouveau paradigme, ce qui suppose de revoir les fondements mêmes de ce qui constitue aujourd’hui notre « civilisation humaine ». Pour cela, il leur sera nécessaire de redéfinir l’éthique, car selon mon avis celle-ci a complètement dévié, elle ne veut plus rien dire. Il suffit de voir toutes les affaires scandaleuses qui sortent en ce moment, et qui nous laissent ahuris par leurs outrances. Qui aurait pu penser que l’être humain puisse un jour mépriser à ce point ses semblables et asseoir ses prérogatives sur une éthique détournée sans que quasiment personne ne s’en rende compte ?
    Je suis d’une nature optimiste, mais je pense tout de même qu’il y a beaucoup de travail en perspective et que cela demandera beaucoup de temps pour réformer complètement les mentalités.
    Encore merci pour cette juste réflexion qui nous invite tous à réfléchir sur notre humanité.
    Bon week-end, Fabrice.
    Bien amicalement,
    Martine

    • Bonjour Martine,

      Merci pour cette sage et éclairée touche d’espérance.
      C’est compliqué de voir un bienfait dans les méfaits mais oui les générations actuelles partent sur une base moins opaque sur la réalité du monde qui nous entoure.
      Misons sur un avenir plus vrai, avec une éducation humble et honnete qui doit savoir que l’humanité retombe dans l’enfance à chaque génération.
      Accepter que tout soit imparfait pour retrouver l’envie de bien faire, où chacun puisse apporter avec tolérance et bienveillance sa petite pierre.
      Plancher sur les garde-fous, qui devraient nous préserver des êtres les plus dangereux.
      C’est colossal, nous avons une bonne marge de progression, mais nous avons aussi des atouts.
      Amicalement,
      Belle journée

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