Nature mystique

Nature mystique : la voie de l’écologie spirituelle

Le titre : une invitation à la réflexion

…la nature ne venant pas de nous, elle est le signe de ce qui nous dépasse ; nous partageons avec elle une dimension spirituelle, à laquelle nous accédons par notre intimité, notre inconscient, notre être entier ; l’homme sans la nature est seul, limité à une existence restreinte dans l’espace et le temps, replié sur lui-même. 

Philippe Roch

« Nature mystique, la voie de l’écologie spirituelle » – ce titre, à la fois poétique et énigmatique, porte en lui une multiplicité de sens. Pour en saisir la richesse sans tomber dans la subjectivité, il faut revenir aux définitions de chaque terme, puis les reformuler avec humilité, en reconnaissant la difficulté à interpréter fidèlement la pensée de l’auteur.

Ainsi, la nature mystique pourrait se comprendre comme la nature en tant qu’intercesseure dans un principe universel englobant le monde et l’être. Quant à la voie de l’écologie spirituelle, elle désigne une sagesse dont l’objectif est d’harmoniser notre rapport au monde, une quête aussi intuitive que nécessaire.

Une vision originale et rare

Dans ce livre, Philippe Roch1 propose une approche de l’écologie à la fois originale et profonde, une perspective suffisamment rare pour être soulignée. L’écologie y est abordée sous un angle transcendant : elle n’est plus seulement une question environnementale, mais une voie spirituelle, une métaphysique du vivant.

L’auteur y développe une idée centrale : pour protéger la nature, il faut d’abord retrouver un lien sacré avec elle. Cela implique de changer notre regard, de vivre avec plus de conscience, d’humilité et de respect. Une telle vision, intuitive et synthétique, prône un changement de cœur plutôt qu’un simple changement de curseur, c’est-à-dire une transformation profonde plutôt qu’un ajustement superficiel.

Spiritualité et idéologie du soin

Toute personne qui se présente comme interprète d’une spiritualité ou d’une religion porte souvent une idéologie du soin, l’idée que le manque d’harmonie (avec soi, avec autrui, avec le monde) est à l’origine de bien des maux.

Dans le christianisme, l’injonction « Aimez-vous les uns les autres » suggère que le manque d’amour engendre la souffrance.

Dans le bouddhisme, c’est l’ignorance qui est considérée comme la racine des maux, et le pratiquant doit accéder à un niveau de conscience supérieur.

Ces deux visions pourraient se résumer par l’expression : « être bête et méchant ». En effet, quand l’égo est fermé à ce qui l’entoure, ni la gentillesse ni la finesse ne le caractérisent.

Libération et nature sauvage

L’introduction du livre présente une autre idée du soin : la libération des dogmes. Comme le disait un grand maître – Yoda, avec sa sagesse légendaire – « Vous devez désapprendre ce que vous avez appris ».

Et c’est là que la nature sauvage entre en jeu : elle incarne « ce qui n’est pas construit intellectuellement par l’homme », un espace de liberté où l’être peut se reconnecter à l’essentiel.

Points forts du livre : une écologie intérieure

Ce livre est réfléchi, curieux et riche en culture. Philippe Roch y montre que l’écologie doit aussi être intérieure : protéger la nature passe par un lien spirituel avec le vivant. Je ne peux qu’être en accord avec cette vision : la transformation profonde des consciences me semble incontournable, tout comme le respect du vivant. Le contact sincère avec la nature nous rend effectivement plus ouverts, plus attentifs et plus reliés au monde.

Limites et nuances : un livre qui laisse sur sa faim

La gratitude pour les dons de la terre nous encourage à faire volte-face pour affronter le windigo qui nous traque, à refuser de participer à une économie qui détruit cette Terre que nous aimons au profit d’une économie basée sur la cupidité et l’exclusion, et exiger une économie pour la vie, et non contre la vie.
C’est plus facile à dire et à écrire qu’à faire.

Robin Wall Kimmerer

Malgré tout, sans être déçu, je suis resté avec une certaine frustration et c’est probablement tout à fait normal. Les données scientifiques ou les solutions politiques ne sont pas présentées comme des recettes miracles. On ne peut pas attendre d’une ordonnance qu’elle nous offre la volonté de guérir. De plus, les exercices proposés relèvent davantage de l’autodéfense psychologique que de l’action collective, ce qui démontre une idée simple, mais puissante : avant de changer le monde, il faut d’abord mieux vivre avec soi-même sans qu’il existe pour cela une norme universelle. Les spécialistes, eux, ont probablement déjà des réponses concrètes à ces questions.

Réflexion sur le christianisme vert : entre tradition et universalité

Les passages qui résonnent avec le christianisme vert m’ont cependant légèrement dérangé. J’aurais préféré une approche plus originelle, moins ancrée dans une tradition dominante. Pourtant, je reconnais la difficulté de passer outre une religion qui a façonné notre culture depuis l’enfance. Elle offre en effet une cohésion communautaire dont il est difficile de se passer sans outils d’indépendance spirituelle.

Cela dit, attention : une religion dominante, par nature, peut aussi être intransigeante. N’est-il pas utile de rappeler que le christianisme, bien qu’universel dans ses valeurs, est originaire du Moyen-Orient ? Sa transposition en Europe a souvent effacé d’autres traditions, un paradoxe à garder en tête.

Conclusion : une spiritualité vivante

L’éthique ou la morale ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est la manière dont nous faisons l’expérience du monde.

Arne Naess

La pratique d’une religion ou d’une spiritualité dépend de critères multiples, qui résonnent différemment pour chacun.

Pour moi, une spiritualité doit avant tout être vivante et hors de portée de tout intellectualisme, elle ne doit peut-être même pas se donner le nom de spiritualité.
Et pourtant, elle doit se nourrir des différences et des connaissances, loin de toute idéalité.
Elle peut aussi envisager que l’harmonie n’est parfois ni possible ni souhaitable.
Si elle n’a pas vraiment à se définir telle qu’elle est, elle sait toutefois ce qu’elle n’est pas.

En définitive, ce livre propose une écologie spirituelle profonde et nécessaire : protéger la nature, c’est d’abord retrouver un lien sacré avec elle. Une spiritualité, pour être authentique, doit évoluer, s’adapter, et rester humble, avant tout, pour soi-même.


  1. Philippe Roch est un homme politique suisse.
    Diplômé docteur en biochimie en 1977, il a dirigé le WWF Suisse (1977-1992) avant de devenir Directeur de l’Office fédéral de l’environnement des forêts et du paysage et Secrétaire d’État à l’environnement (1992-2005). Il est consultant indépendant depuis 2005. ↩︎
Vous avez aimé cet article ? N'hésitez pas à le partager :

Dites moi ce que vous en pensez

  1. Merci pour ta superbe présentation de ce livre.
    Je note qu' »en définitive, ce livre propose une écologie spirituelle profonde et nécessaire : protéger la nature, c’est d’abord retrouver un lien sacré avec elle. Une spiritualité, pour être authentique, doit évoluer, s’adapter, et rester humble, avant tout, pour soi-même. »
    La nature est mise à rude épreuve et ça me désole au plus haut point…
    Protéger la nature passe par un lien spirituel avec le vivant…
    On devrait respecter ce vivant… Et bien d’accord avec toi, le contact sincère avec la nature ne peut que nous rendre rend plus ouverts, plus attentifs et plus reliés au monde.
    Bon WE Fabrice

    • Merci pour ce partage Béa.
      C’est désolant et inquiétant oui, et de plus en plus concret.
      Espérons que cela soit mobilisateur pour permettre une présence harmonieuse de l’homme sur terre.
      Bon WE

  2. Bonjour Fabrice très bien ce livre c’est vrai qu’il faut protégé cette nature car cela devient très grave au fil du temps et c’est vraiment désolent pour la nature merci du partage bon dimanche Claudine Daniel

  3. Bonjour Fabrice,

    Merci pour cette très intéressante présentation qui donne envie de découvrir le livre.
    Je retiendrai particulièrement cette phrase : pour protéger la nature, il faut d’abord retrouver un lien sacré avec elle », car cela me semble être la condition sine qua non pour la préserver, cette nature. Je pense que si notre planète est si malmenée à notre époque, c’est effectivement parce que l’homme a perdu le sens du sacré, en ce domaine comme en d’autres. Qu’est-ce que le sacré ? C’est ce qui appartient au domaine de l’intouchable, de l’inviolable. Ce qui doit être respecté à tout prix et sans restriction. Dans ce domaine, je mettrai en premiers la vie en général, sous toutes ses formes, la liberté, l’enfance et la nature. Selon moi, ce sont des sujets que l’on devrait aborder avec le plus grand des respects. Or, quand on voit comment les hommes considèrent la vie, où en sont nos libertés, comment certains monstres, hélas de plus en plus nombreux, traitent les enfants…
    A mon sens, on ne peut comprendre réellement la nature qu’en ayant une relation intime et privilégiée avec elle. Sans même parler véritablement « d’écologie spirituelle », on peut tout simplement se dire que cette intelligence supérieure à laquelle on croît, quel que soit le nom qu’on lui donne, contient aussi la nature, qu’elle est la nature, comme elle est le cosmos tout entier et comme elle est aussi l’humanité. Du moins est-ce ma vision des choses.
    Je pense que la relation à la nature est beaucoup plus simple qu’on ne l’imagine. Prenons un arbre, par exemple. Lorsqu’on le regarde vraiment, on voit d’abord un être vivant. Bien sûr, il n’est pas pourvu d’yeux, d’oreilles, d’un nez, d’une bouche, mais il ressent d’une autre manière, il interagit avec les autres espèces, et l’on peut interagir avec lui si on le souhaite. A partir du moment où l’on prend conscience de cela, notre regard change et notre comportement aussi, par la force des choses. Encore faut-il le vouloir…
    Encore merci pour ce partage, Fabrice.
    Amitiés,
    Martine

    • Bonjour Martine,

      Merci pour cette pensée profonde et juste.

      J’aime beaucoup ta vision des choses, et je crois aussi que la relation à la nature n’est pas si compliquée.

      Cela me fait penser aux causes de l’absence de sacré.
      Parfois les gens prennent des actes polis pour de la gentillesse, limite un peu naïve, alors qu’en réalité derrière il y a une conscience du respect et une responsabilité immédiate.
      Seulement que ce soit la nature ou les personnes, il n’y a pas forcément de processus incitant à la responsabilité, tout est livré de manière brute.
      Tu peux donc te comporter de manière toxique, pas d’éclair venant du ciel pour te frapper immédiatement.
      Et c’est le problème je trouve, la conscience des impacts de ton rapport au monde s’estompe car on vit dans une bulle qui se referme de plus en plus sur l’agir et moins le être.
      Et cela profite à toute sorte de monstruosité.

      Je te souhaite une bonne soirée.
      Amitiés

Laisser une empreinte ✎

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *