Remonter à la source

Notre vie peut ressembler à une navigation, où le bateau représenterait le soi et l’océan, la nature.
Lorsque l’on navigue dans des eaux pures, notre soi l’est aussi, mais lorsque nous devons aller dans l’océan de la vie concrète, notre coque s’imprègne de concrétions, d’algues, de coquillages et de sel. Autant d’éléments qui alourdissent notre soi jusqu’à ce que ce dernier nous semble peu tangible, quasiment accessoire.

J’ai toujours eu une aptitude à la méditation et à la réflexion : c’est une manière de retrouver une nature originelle.
Nous sommes la nature et nous lui appartenons.
Elle est donc le moyen le plus efficace de nous ressourcer.
Mais il existe d’autres moyens aptes à évoquer cette capacité, comme écouter une bonne musique, savourer un bon plat, caresser son animal domestique, apprécier une exposition culturelle, un monument historique, etc.
Nous en privilégions certains, et défavorisons d’autres, selon notre histoire et nos préférences.
Ceci dit, il ne faut pas perdre de vu que le plus important dans ces expériences, ce n’est pas tant le disque vinyle, l’aliment, le tableau ou le château, c’est surtout celui qui perçoit.
Autrement dit vous, ou moi.

Connaître les noms des plantes et des animaux est pratique, mais cela ne constitue pas une connaissance véritable.
Cela peut même devenir un frein à la connaissance.
La connaissance est conscience et expérience.
Même une fois cette conscience acquise, son apport est si relatif qu’il semble dénué de toute application pratique.
D’ailleurs qu’allez-vous retenir concrètement de tout ce que je viens d’écrire ?
Pas tant de choses que cela, c’est juste une parenthèse dans votre quotidien où vous mettrez peut-être des mots sur des notions dont vous aviez déjà l’intuition.
Un raisonnement où vous remarquerez les errances ou les pertinences.
Et cela ne fera ni le ménage ni le bonheur.

Nous avons la capacité de nous forger une image idéaliste de nous-mêmes, tout en étant notre pire juge, et ce sans toujours avoir conscience de tout ce qui s’est accroché à notre coque.
Si notre conscience se limite à notre coque, nous souffrons. Et cette souffrance nous donne à notre tour la capacité de faire souffrir.
Nous pouvons ainsi devenir des bateaux fantômes, rongés par l’océan, sans jamais réaliser que, au moment présent, ce n’est plus ni le même bateau ni le même océan.

Je pense que, paradoxalement, les choses les plus évidentes sont les premières que nous oublions.
Parce que, portés par une soif d’évolution nous mobilisons prioritairement notre attention sur la complexité.
Alors le risque est de s’oublier et de se perdre à tel point que même un petit bonheur ne semble plus mériter la peine d’être apprécié.
Et le travail à accomplir pour se retrouver devient aussi compliqué voir plus, que les efforts que nous avons à produire quotidiennement.
Ce quotidien, pourtant apparemment maîtrisé, peut finalement devenir aussi menaçant qu’une vague déferlante.

Je salue chaque bateau qui osera affronter la vague de front pour mieux la dépasser.

Crédits image en colonne de gauche :

Merci à Teresa, fière propriétaire d’un magnifique lotus, pour cette photo, en superposition une image produite par l’ia le chat.

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  1. Bonjour Fabrice,

    Je vais tenter de suivre pas à pas le fil de tes pensées, paragraphe par paragraphe, avec la philosophie qui est la mienne, celle de la non-dualité. Désolée si je suis longue, je sais que toi tu sais faire très court dans tes réponses, mais devant un tel texte, soit je réponds, soit je m’abstient.

    À mon humble avis, croire naviguer dans des eaux pures, ce n’est que l’illusion d’un soi figé, bien rangé et tout propre et plonger dans le tumulte du quotidien (les algues, le sel, les épreuves en quelques sortes). Mais ce ne sont pas des poids qui nous tombent dessus de l’extérieur, ce n’est que l’expression vivante de l’esprit. Ce soi qui te semble « peu tangible » ne s’est pas perdu, sa nature profonde a toujours été insaisissable, libre et vacante, comme l’espace.

    La capacité à méditer et à réfléchir (ce sont deux choses très différentes en soi), c’est une super base. Mais s’en servir pour chercher une « nature originelle » séparée du reste, c’est à mon avis fabriquer une frontière qui n’existe pas. La vraie nature de l’esprit ne se cache pas loin du monde. Elle se reconnaît en plein cœur du bazar, là où l’illusion et l’éveil sont tissés dans la même toile.

    Tu dis que « nous sommes la nature et nous lui appartenons « , mais nous n’appartenons pas à la nature, nous sommes la nature. Ce ne sont pas deux choses, l’une qui contiendrait l’autre mais une seule réalité. De fait, elle ne peut être un outil ou un « moyen » pour nous recharger. Ce serait considérer le monde comme un médicament pour soigner les bobos d’un moi qui n’existe pas.
    C’est pour ça que la musique, un bon repas, la douceur d’un animal ou la beauté d’une œuvre, ce ne sont pas des petits déclencheurs accessoires. Ces sensations ne sont pas des distractions, ce sont des portes directes vers l’éveil, la pure énergie de l’esprit qui se montre.

    Il est normal que nos goûts et notre histoire nous guident, mais ces attachements et ces rejets, ce sont justement les voiles qui nous cachent la réalité. À force de trier ce que nous aimons et ce que nous détestons, nous nourrissons le cycle de nos propres habitudes.
    Il me semble qu’il y a un piège dans ce que tu dis. Si nous décrétons que le plus important c’est « celui qui perçoit » alors nous nous enfermons dans une sorte de repli narcissique. En figeant un observateur au centre du monde, on oublie ce qui est observé.
    S’il n’y avait ni « toi » ni « moi » séparés du reste ? Je parle de l’expérience ultime (le Mahamudra) qui dit que le sujet qui perçoit, l’objet perçu et l’acte de percevoir ne font qu’un.

    Tu as raison, accumuler des noms sur les plantes ou les animaux, c’est un jeu de l’intellect. Ça devient un frein si tu confonds les mots avec la réalité, parce que les concepts enferment le vivant dans des boîtes étanches. La vraie connaissance, c’est effectivement la conscience pure et l’expérience directe. Mais cette expérience ne doit pas être une fuite dans les idées, elle doit mener à réaliser la vacuité de toutes choses, c’est-à-dire leur interdépendance totale (chose que l’humain comprend rarement, et c’est la que nous abîmons tout).
    L’apport de cette conscience n’est pas relatif ou sans application pratique. Ça change absolument tout ! C’est ce qui libère de la peur, de la colère et de l’égoïsme, même en plein milieu de la tempête.

    Si je cherche ce que je vais retenir concrètement de tes mots, je cherche encore à nourrir mon intellect. Ce qui compte pour moi, ce n’est pas d’empiler des concepts dans une petite case de ma vie, c’est de laisser ces mots briser mes certitudes pour que l’illusion de mon ego s’effondre.
    Ce raisonnement n’est pas un simple exercice pour traquer les erreurs mais d’un miroir tendu pour voir au-delà des mots et des jugements de l’esprit. Ça fait le grand ménage, ça balaie les fausses croyances. Quant au bonheur, il n’est pas à construire, il est notre nature fondamentale, déjà là, sous le bruit de nos pensées.

    Nous avons la capacité de nous forger une image idéale, et c’est une prison. Alors nous passons notre temps à polir une coque imaginaire, sans voir que le juge et l’accusé sont les deux faces d’une même illusion. Si notre conscience se limite à cette coque, nous souffrons, c’est vrai, parce que nous nous identifions à une frontière rigide. Et cette souffrance nous pousse à nous défendre, à attaquer, et par conséquent à répandre la douleur autour de nous, parce que nous nous croyons séparés des autres.
    Nous devenons un bateau fantôme, non pas parce que l’océan nous ronge, mais parce que nous refusons de voir que nous sommes l’océan. À chaque instant, le bateau et l’océan changent. S’y accrocher, c’est vouloir retenir de l’eau entre ses doigts.

    Tu as raison, les choses les plus évidentes sont celles que nous oublions, à commencer par notre propre nature. Nous oublions que nous sommes déjà parfaits et complets, ici et maintenant et nous sommes dans une fuite en avant (c’est ce qui nous différencie des autres animaux). Nous sommes portés par une soif d’évolution et de domination qui n’est souvent que la course effrénée de l’ego vers un « mieux » hypothétique, mais nous nous perdons dans la complexité des chemins philosophiques, spirituels et des complications mentales. Le risque est alors de passer à côté de la clarté innée de l’esprit, au point de croire qu’il faut souffrir ou accomplir des miracles pour mériter la paix.

    Le travail pour « se retrouver » est effectivement un labyrinthe épuisant, parce que nous essayons de chercher à l’extérieur de nous ce qui ne nous a jamais quitté. Ce quotidien qui peut sembler menaçant comme une vague déferlante c’est si on se place face à lui, dans une posture de combat qui crée la menace.

    Ce n’est pas le bateau que je salue mais le navigateur qui lâche la barre, sourit à la tempête et réalise qu’il est la vague, l’océan, et le voyage tout entier.

    Merci encore pour le partage de ces pensées.

    Bonne journée.

    • Bonjour Pascale,

      Tu déjoue les pièges d’une formulation un peu partielle et implicite, et il y en a plus d’un j’ai l’impression :

      Les eaux pures peuvent représenter cet état de conscience de non-dualité, donc il ne peut y avoir là de soi figé.
      En revanche dans la réalité telle que nous l’expérimentons chaque jour, la nature du soi devient logiquement moins libre.
      Méditer ou réfléchir est parfaitement possible dans le bazard du monde.
      Dire que nous lui appartenons c’est justement pour souligner que nous sommes la nature, à ceux qui se croient vraiment indépendants.
      Nous avons tendance à oublier que nous sommes obervateur, car nous sommes souvent en dehors de nous, et si rien n’est séparé c’est une manière de se compléter, en ouverture, en passant par soi.
      Car le repli narcissique peut être dans celui qui en pensant s’oublier, ne fait là que penser à lui.
      Lâcher la barre, sourire à tout, cela arrive en même temps que regarder de face la vague.
      Donc oui, non-dualité, conscience et surtout, du coeur, une voie possible pour appréhender les pensées négatives.

      Merci beaucoup pour ton commentaire, ton analyse est un atout, cela affine et complète mon texte et la compréhension de l’idée fondamentale derrière la citation qui est tout à la fois clé et explication.
      Tu as raison de le mentionner, il est intéressant aussi de s’appuyer sur deux notions importantes : non-dualité et Mahamudra.

      Belle journée

  2. Mon commentaire ne sera pas long comme celui de Pascale mais j’ai lu ta page de réflexion avec grande attention… Et j’ai suivi tes pensées pas à pas… On essaye de ne pas trop nager dans les eaux troubles… Et de ne pas être emporté par une vague déferlante…Et ce n’est pas si facile !!!
    Bonne semaine Fabrice

    • Un grand plaisir de voir que tu as lu avec une grande attention !
      Oui, il est bien difficile de ne pas se laisser submerger, alors tous les moyens sont bons pour retrouver le calme d’une compréhension qui nous fait de nous un être moins démuni.
      Plus facile à dire qu’à faire !
      Bonne semaine Béa

    • Reconnaitre que les pensées intrusives sont présentes et nous enferment dans un cercle qui peut s’autoalimenter c’est déjà un pas.
      Dans cette situation il est possible d’aborder le problème de manière interne ou externe.
      Car si cela est envahissant, cela impacte aussi bien le corps et l’esprit, qui sont deux choses pas si distinctes que cela.
      Le corps absorbe le stress des pensées intrusives (maux de tête, insomnies, troubles digestifs).
      L’esprit rumine, comme un disque rayé qui saute sans cesse sur la même note.
      Les deux sont liés par un fil invisible : les pensées affectent le corps, et le corps amplifie les pensées.
      Dans ce billet, je te propose une approche interne, comme une thérapie comportementale douce ou une autohypnose bienveillante.

      Comment procéder ? En se posant sans relâche des questions, comme un archéologue qui fouille couche après couche pour déterrer un trésor. Ce n’est pas un travail de force, mais un exercice de patience et de curiosité :

      Pourquoi je pense cela ?
      (Est-ce une peur ancienne ? Un schéma répété ? Une croyance limitante ?)
      Pourquoi cela me touche-t-il autant ?
      (Est-ce lié à un événement passé ? À une blessure non résolue ?)
      Est-ce que cela ne concerne que moi ?
      (Ou est-ce une projection de ce que les autres pensent de moi ? Une généralisation excessive ?)
      Attention : Ce n’est pas accessible du premier coup. Il faut épuiser tous les questionnements possibles, comme vider un sac à fond pour trouver l’objet perdu au fond. Chaque question est une clé – et certaines n’ouvrent aucune porte, mais c’est en essayant toutes qu’on finit par trouver celle qui libère.

      Le secret ? L’épuisement des questions n’est pas une défaite, mais une traversée. Et de l’autre côté, il y a l’apaisement – pas parce que les pensées ont disparu, mais parce que tu as compris leur message.
      Tu les observes sans t’y identifier.
      Tu les accueilles sans les juger.
      Tu les comprends sans les craindre.

      D’autres moyens peuvent tout aussi bien aider, faire un peu de sport, de la marche, se distraire ou se détendre, etc.

      Bonne journée Brigitte

  3. Bonjour Fabrice,
    Merci pour ce texte d’une grande profondeur.
    Je suis aussi de celles qui aiment se resourcer au sein de la nature. C’est même devenu plus que cela à mes yeux. C’est comme un réflexe. En fait, quand j’y suis, je ne pense même pas à l’idée que je suis en train de m’y resourcer, et je ne décide d’ailleurs jamais délibérément de m’y replonger pour ce faire. Pour moi, c’est comme un appel irrésistible, comme une reconnaissance perpétuelle en elle de mon être naturel, lui aussi. Puis, je m’y plonge et je vis l’instant. Simplement. Pleinement. Intensément. Je l’apprécie comme on apprécie, comme l’on se grise, même, d’une grande bouffée d’air frais.
    L’illustration qui accompagne ton texte est magnifique. Elle exprime tout à fait ce que je ressens lorsque je suis dans la nature.
    Un beau moment de lecture. Merci !
    Bon après-midi.
    Amitiés,
    Martine

    • Bonjour Martine,
      Merci pour ce partage si juste et si vibrant.
      Tu as su le dire avec une simplicité et une intensité qui touchent droit au cœur.
      C’est peut-être le plus beau cadeau que la nature nous offre : nous rendre à notre propre présence, légère et essentielle à la fois.
      Ravie aussi que l’illustration ait su capter cette émotion, c’est une photo fascinante que j’avais envie de partager, même si elle n’est pas de moi, mais d’une personne qui partage aussi ce goût de la nature.
      Belle navigation à toi, dans cette lumière printanière où la nature saura te guider.
      Amitiés,
      Fabrice

  4. Bonjour Fabrice ho que oui j’apprécie ce reportage que tu nous offre et parfois on aimerai bien oublié le temps mais pas celle de la nature un bon partage merci à toi bonne journée Claudine Daniel

    • Bonjour Claudine,
      Oui, le temps de la nature est plus sain que le temps de l’homme.
      Ce qui rend chaque moment passé dans la nature très précieux.
      Merci beaucoup pour ce retour et bonne journée Claudine

  5. salut, bonsoir fab 😉
    ça me fait rebondir sur une bd que j’ai découvert y’a pas longtemps « l’age d’eau » (si jamais tu lis des bd); super texte comme d’habitude et super photo (si c’est de toi mdr)
    a la rvoyure

    • Salut Tim,
      Je ne connaissais pas, c’est une BD très intéressante !
      Je lis peu de BD, mais ce n’est pas un choix.
      Petite citation de l’âge d’eau pour la route :
      « Gorza.
      Il a soif du ciel. Il a faim d’infini.
      Et il n’emmerde personne avec son appétit…
      Respirer, boire, manger et prendre soin des choses lui suffisent.
      Il n’a pas besoin de faire des phrases…là où les autres posent des mots…lui pose des actes. »
      Non la photo n’est pas de moi, elle est bien trop belle. 😀
      Merci pour cet enrichissant partage Tim, à bientôt

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