Philosophie, miroir du monde II

La jeunesse, ce rapport nouveau et frais au monde n’a de lacune que le temps qui n’a pas encore été.
La différence de temps vécu entre un adulte et un enfant ne peut jamais changer.
N’y a-t-il pas eu en chacun une enfance des idées, un moment où l’on a cru en quelque chose, mais que cela à évoluer.
Des idées et des croyances que l’on faisait siennes, et qui au fil du temps évoluèrent.

De tout temps et en chacun se trouvent la genèse, les révélations et les révolutions.
Alors il me semble que la vie même est philosophie.

Motivations

Pourquoi dès lors user de philosophie puisqu’elle se trouve en chacun, en principe.
C’est probablement parce que chacun communique avec ses semblables en société.
Et que derrière chaque expression philosophique se trouve une intention.

Protéger : Défendre des idées, que l’on partage avec d’autres.
Nuancer : Reprendre ou rejeter d’anciennes idées, pour rétablir une objectivité.
Progresser : Réfléchir et apporter un autre regard, sans but ni esprit de profit.

Les interactions de toutes ces intentions sont le cœur de tout débat d’idées en société.
Il est tout à fait possible de retrouver toutes ces intentions ensemble chez tout un chacun.

Des postures

Dans notre besoin de se faire une place, de s’affirmer, nous sommes amenés à incarner une posture, défendre une idée.
Non pas parce que notre singularité nous permet d’apporter quelque chose de nouveau, mais parce que l’idée que nous incarnons nous correspond.
Cette correspondance nous offre un levier sur les autres, parce qu’elle s’impose à nous, alors elle peut bien s’imposer aux autres.
Dès lors et avec un peu de recul, il est possible de reconnaitre que cette posture n’est que le reflet temporaire d’une volonté dominante parmi d’autres.
Et que ce type de posture n’admet guère le respect des autres.
Une simple discussion de groupe n’est parfois qu’une ronde de postures où le rapport de force détermine la volonté dominante à respecter.
C’est pourquoi le concept psychologique d’assertivité entre en jeu pour tenter de déminer le terrain.
Même s’il ne nous correspond pas, chaque point de vue est à explorer, sans avoir à empiéter sur les autres.

À l’imposture

Le snob cherche à être validé par un monde qu’il juge supérieur.
Derrière les injonctions qui semblent louables peuvent se cacher des intentions pas si honorables qu’elles paraissent.
L’écologie par exemple, oscille rapidement entre doctrine et hypocrisie.
Est-on capables d’appliquer nos propres idéaux écologiques, à l’heure où notre forêt s’exporte en Chine ?
L’usage des écrans, idem.
Quelle alternative aux écrans se présente à nos jeunes lorsque l’on investit tant dans la tech ?

Comment remettre en cause cette manipulation frauduleuse puisque l’écologie, comme l’usage équilibré des écrans, sont en soi irréfutables (et heureusement) ?

Un problème étant identifié, une réponse de quelque autorité nous conforte et nous rassure, le mauvais monde d’avant fait place au nouveau.
Et malheur à ceux qui n’y entendent mot, de l’adhésion collective, s’en suit souvent le lynchage.
La commodité engendre la conformité, car devant des problèmes qui sont plus complexes, il est plus aisé de s’en tenir à des jugements qui ont l’avantage de réconforter.

De l’inutilité ?

Il n’en reste pas moins que chaque production philosophique n’a aucune utilité matérielle.
Que chaque philosophe qui connait ou non le succès n’est par ses écrits qu’un influenceur.
Les bénéfices que l’on peut en retirer sont tout de même existants et de plusieurs natures.
Il y a les valeurs inspirées de l’auteur qui peuvent infuser parmi les lecteurs, sa capacité de raisonnement, qui par modèle peut se développer par l’inspiration.
En définitive de nouveaux concepts idéologiques qui alimentent le rapport au réel, un réel tout capable d’influencer en retour la vie intellectuelle de ses hôtes.

De l’élitisme

Nous avons conscience que dès lors que la civilisation atteint un certain stade, les connaissances ne sont plus oubliées, elles sont partagées, écrites, avec une relative stabilité.
Que la portion de la population la plus consommatrice de privilèges est bien souvent celle qui non seulement peut s’exempter d’un dur labeur, mais c’est elle aussi qui par conséquent a la responsabilité de transmettre et d’enseigner des connaissances.   
La philosophie a donc souvent été reliée aux formes existantes des statuts politiques et sociaux.
Même Diogène, qui ne souhaitait vivre que dans un tonneau, était fils de banquier.

Du populisme

Tout de même, se poser des questions n’est pas le privilège de quelques-uns.
Nous connaissons de nom beaucoup de philosophes, mais combien d’ouvrages avons-nous lus de leur plume ?
Notre culture générale est toute relative et nous compartimentons nos connaissances, et parfois cédons ces sujets-là aux seuls spécialistes.
Cette faiblesse creuse les inégalités et tend à faire croire que l’instruction se réserve naturellement à seulement ceux dont les capacités valident un droit de penser.

Des réseaux

Internet est un puissant outil de partage des connaissances, actuellement très répandu, il demeure, pour le meilleur et pour le pire, à l’image de ses utilisateurs.
Les paroles individuelles, jusqu’à présent tuent, résonnent dans chaque réseau social.
Et cela peut être dérangeant, pour ceux qui n’ont jamais été ouverts à l’indicible, dans l’abri insonorisé de leurs habitudes et de leur bien-pensance.
L’expression publique devient l’affaire de tous, et à partir de là se posent plusieurs problèmes révélateurs.

De la véracité

Séparer le bon grain de l’ivraie, voici la tâche la plus complexe à laquelle doit faire face l’internaute.
Les manipulations, le jeu du mensonge et de la vérité sont bien plus anciens que les fake news.
Les leçons à retenir sont probablement tout aussi anciennes, à l’image de ce proverbe de 1885, un seul mensonge mêlé parmi les vérités les fait suspecter toutes.
La communication n’est pas plus intelligente parce qu’elle utilise un outil technologiquement complexe.

Pour conclure

C’est avec douleur que je vais prononcer une grande et fatale vérité. Il n’y a qu’un pas du savoir à l’ignorance et l’alternative de l’un et l’autre est fréquente chez les nations mais on n’a jamais vu un peuple une fois corrompu, revenir à la vertu. En vain vous prétendriez détruire les sources du mal, en vain vous ôteriez les aliments de la vanité, de l’oisiveté et du luxe, en vain même vous ramèneriez les hommes à cette première égalité, conservatrice de l’innocence et source de toute vertu: leurs cœurs une fois gâtés le seront toujours, il n’y a plus de remède, à moins de quelque grande révolution aussi à craindre que le mal qu’elle pourrait guérir, et qu’il est blâmable de désirer et impossible de prévoir.

Jean-Jacques Rousseau

En 1750 la question était déjà posée par l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon :
« Si le rétablissement des Sciences et des Arts a contribué à épurer les mœurs. »
Jean-Jacques Rousseau s’est illustré en y répondant d’une manière pertinente.
Sa conclusion est que malgré tous nos progrès techniques, rien n’est plus salvateur qu’un cœur humble et bon.

Cette assertion rappelle qu’il est d’autant plus compliqué, dans un cadre perpétuellement et techniquement plus complexe, de ne pas présumer trop rapidement de soi et de la société.
Que ce soit en positif ou en négatif.
C’est un problème intemporel, que la philosophie semble toujours tendre à cerner.
Mais comme le conclut Rousseau, même un juste jugement se doit d’être humble, car entre dire et faire, il y a un monde.
En connaissance du caractère fragile et immatériel de l’idéal, le réel ne doit pas être un prétexte ni à exclure ni à désaffilier, et encore moins, à culpabiliser.
La vie est faite d’incertitudes, de contradictions, de paradoxes mais aussi de prises de conscience, d’émerveillement et de légèreté.

La fatalité se décrète, l’espoir se sème.
Le changement croît, et même tout cela vit et meurt.

Photo de gauche : René Magritte et le barbare.
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Dites moi ce que vous en pensez

  1. C’est difficile l’autre et nous.. Je vieillis et l’échange est de plus en plus difficile comme s’il n’était pas nécessaire en dehors de ma petite sphère familiale.. L’âge enferme ?.. Je n’ai plus rien à dire et c’est terrible car j’ai envie d’écrire de peindre mais tout me semble à l’autre vers l’autre inutile sans intérêt… vous en pensez quoi docteur.. sourire

    • C’est bien une question que je me pose à chaque publication, à quoi cela sert-il ?
      Il faut peut-être faire la paix avec cette « inutilité » pour passer le cap de l’écriture.
      On peut y voir un bon usage du narcissisme, un passe-temps, un besoin, un vice quelconque ou que sais-je encore.
      L’essentiel est que j’y trouve une forme de satisfaction, sans que cela ne blesse personne.

      Mais il serait prétentieux de présumer ne pas se sentir enfermé, par des facultés qui baissent, par lassitude ou par des vicissitudes.
      Il faut aussi rappeler le contexte social.

      Le gout des autres est quelque chose de très complexe.
      Je pense que nous nous connaissons trop, nos différences se lissent et derrière le paraitre il y a les mêmes démons.
      Nous ne sommes pas tous égaux, face aux parcours qui ont développé nos facultés naturelles, comme notre intelligence relationnelle.
      Cette dernière n’est d’ailleurs pas la plus recherchée.

      On favorise plutôt l’intelligence fonctionnelle, axée sur la mémoire et l’abstraction.
      Ce qui tend à propager l’individualisme et l’égoïsme, parce que n’importe qui peut se prévaloir d’une « bonne » intelligence.
      Et face à ces tendances grandissantes, il est plus sage de se taire.
      En effet lorsque ce que nous disons n’est pas écouté, mais systématiquement critiqué, il serait absurde de persévérer dans une usure affaiblissante de soi.
      Ce déséquilibre là, au cœur d’entre ceux qui paraissent et ceux qui se taisent est un phénomène certainement pas nouveau, mais qui commence à avoir de lourdes conséquences.
      Retrouver l’émerveillement, le gout, la chaleur, sont des défis titanesques.

      Et qu’attendre de l’autre, si ce n’est de l’amour ?

  2. L’intelligence, c’est savoir comprendre, tolérer, prendre le temps de se mettre un peu en deçà de soi pour relativiser et analyser..
    L’amour!!
    Un jour, un homme m’a dit l’amour vient du confort que l’autre nous apporte!!
    Tristesse et désolation…
    .amour.
    Il faudrait décliner ce mot dans des tas de nuances différentes.. mais nous n’aurions jamais la même signification en même temps..
    Je croyais que c’était une rencontre rare qui nous emportait sans même en trouver la raison qui nous dominait nous menait vers… une irradiation..une force lumineuse partagée..
    J’ai beaucoup vécu et je pense aujourd’hui que ce n’est qu’une utopie. L’humain est un cheval d’orgueil d’ambition de jalousie, d’envie de haine, de recherche de pouvoir de territoire.. Je suis triste d’être amère aujourd’hui..
    Je crois avoir gardé l’émerveillement surtout et seulement quand je suis seule dans la nature loin de tous… Un échec de vie de finir ainsi désabusée, peut-être..
    Je m’exprime mais je n’ai pas votre qualité, je le fais comme je le peux, le ressens incomplète, imparfaite… Les photos, vos photos vous révèlent davantage.. peut-être ne sais-je pas lire les idées des autres ?
    Je vous souris

    • L’amour c’est un mot polysémique, comme bien d’autres.
      Rien ne force à se limiter à un seul sens d’ailleurs après tout, cela peut-être aussi une forme d’intelligence.
      Le confort, voilà une vérité qui ne semble guère enchanteresse.
      Pourtant c’est une quête intemporelle et contemporaine, le contact avec la nature est un moyen de parvenir à ce bonheur confortable qui nous prélasse de l’inconfort qu’engendre les vissicitudes d’une vie en société.
      Une société est une machine en construction permanente, soucieuse en priorité de sa propre survie. Chaque être humain qui nait en est dépendant.
      Il est compliqué d’échapper à ses rouages, et quand les esprits, insoumis à sa fonction accaparatrice, sont capables d’une lueur d’indépendance ils peuvent entrapercevoir le mécanisme qui les anime.
      Et encore là faut-il trouver des avantages à quitter l’arène.
      Tout ce qu’il reste est des émotions, reliquats et preuves qu’un idéal possède le potentiel de renaitre à tout moment.
      Même si cet idéal n’a pas toujours le pouvoir de transcender l’animal en un nouvel homme.
      Un échec de vie certes selon le jugement de l’homme social, mais est-il vraiment un échec en regard de la vie, ou plutôt une preuve de vie parmi d’autres ?
      Je trouve que c’est une réussite que d’avoir cette part de lucidité et d’émerveillement plus ouvert à l’univers qui nous entoure.
      Ce n’est pas incompatible avec une qualité de vie sociale, bien au contraire, notre pouvoir c’est de progresser.
      Ce que vous ressentez avec votre langage écrit moi je le ressens en langage parlé. XD
      J’aurais du mal à faire des photos conceptuelles. : D

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