Miroir du monde

Qu’est-ce que philosopher ?


Philosophie, voilà un mot bien pompeux, dont l’origine était débattue même dès l’antiquité.
Partir d’une définition serait donc périlleux, et risquerait d’obscurcir plutôt qu’éclairer.
Et si vous aviez déjà la réponse en vous, sans le savoir ?
N’y a-t-il pas dans l’histoire de chacun des moments où les informations que l’on vous donnait vous paraissaient suspectes ?
Quand vous aviez non seulement l’intuition que cela était relativement inexact, et que vous ressentiez aussi la présence d’une idée injustement occultée, sans être capable toutefois de l’exprimer.
Comme une intime conviction impossible à prouver par des faits.
Comment mettre alors des mots sur une intuition qui s’avère probablement fondée ?
Comment exhumer une idée, en révéler les fondations et rétablir sa vérité ?

Une seule possibilité : user de réflexion.
Mais pour cela encore faut-il avoir la capacité de percevoir les failles révélatrices dont l’intuition est le guide permettant de discerner leur emplacement.
L’observation est une qualité nécessaire.
Il est juste de dire que beaucoup de personnes philosophent naturellement, puisqu’il y a matière à se questionner de beaucoup de choses.
Et que certains questionnements sont universels et intemporels.

Ce qu’il y a de remarquable dans les écrits des philosophes, c’est quelle que soit leur histoire, leur époque, leur croyance, leur pensée semble faire écho à nos propres réflexions.
Leur clairvoyance et leur pertinence marquent plus encore l’esprit que leurs erreurs.
Cela démontre qu’en tout temps, la méconnaissance est un prétexte intarissable à l’injustice et que pour retrouver une forme de dignité, il n’est possible de le faire qu’avec équité.
Ceci dit cela n’est pas toujours le cas.
La philosophie possède par sa nature rationnelle le potentiel de convaincre, donc en tant que pouvoir de persuasion, elle peut devenir l’outil d’une rhétorique malhonnête ou de mauvaise foi quand elle n’est pas tout simplement subjective ou erronée.
Mais je ne suis pas certain que ces raisonnements-là demeurent durablement dans les mémoires, ou alors à titre d’exemple pour le futur.
Si vous êtes arrivé jusqu’ici, vous venez probablement de philosopher, puisque soit vous trouvez un ou plusieurs points à contredire dans cet exposé, soit ce dernier vous a conduit à d’autres questionnements pour au final forger l’idée que vous avez conçue sur ce sujet.
Victoire !
La gloire est certes mince, puisque le péril étant faible, car le parcours balisé.

Un véritable défi serait de penser à une question de ce genre, par exemple :
Vaut-il mieux savoir un peu de tout, que tout d’un peu ?
Culture G versus expertise…
Blaise Pascal, qui posa cette question, donne sa réponse, puisqu’il n’est pas possible de tout savoir, autant cultiver ses connaissances tant que possible.
Convaincu(e)(s) par Pascal ?
Si oui, alors vous pouvez argumenter quelque peu.
Sinon, à vous de présenter votre raisonnement.

L’essentiel est de développer sa pensée selon son bon cœur.
Il n’y a pas toujours de réponse absolue, la question est peut-être trop dépendante du contexte et des opinions sans qu’une vérité absolue se dégage nécessairement, en effet nous n’avons peut-être pas encore à ce moment-là réalisé les expériences nécessaires pour en avoir une riche compréhension.
Et nos connaissances techniques ne sont peut-être pas encore suffisamment avancées sur le sujet.

Dans l’air du temps, ou des temps ?

Les traditions philosophiques se retrouvent parfois là où on ne les attend pas, réactualisées, elles inspirent encore notre culture.
Cette technique thérapeutique que l’on nomme pleine conscience n’aurait pas été démentie par Blaise Pascal :

Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l’avenir. Nous ne pensons point au présent ; et, nous y pensons, ce n’est que pour en prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin : le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais.

Blaise Pascal, pensées (1670), fragment 172.

Une simple expression comme « ne fait pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse » est tellement juste et intemporelle qu’elle se retrouve sous différentes variantes dans bien des traditions.
Des philosophes grecs aux philosophies orientales jusqu’à Saint Augustin !

« Ceci est la somme du devoir ; ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’ils te fassent. »

Mahabharata (5:15:17) 500 av. J.-C.

Philo et actualité

L’essai de Marcel Gauchet sur comprendre le malheur français est bien actuel.
Cela pose déjà une question, comment un pays comme la France, qui n’est pas franchement des plus démunis, pourrait être relié à une insatisfaction semble-t-il aussi importante ?
Le livre prend exemple en couverture sur le mouvement des gilets jaunes.

Ce mouvement protestataire serait une éruption symptomatique d’un malaise profond.
Il est aussi question de politique, il est tout aussi symptomatique que ce mot soit usité la plupart du temps dans son sens le plus restrictif, celui pour la lutte de l’obtention et de la conservation du pouvoir.
La gestion de l’état ne peut donc se départir de ces jeux maudits.
Comme la vie en cité ne peut satisfaire tout le monde.
La protestation découle la plupart du temps du choc entre un monde soucieux d’ordre et d’autorité et un autre qui comprend de manière intime et concrète les limites d’un ordre qui ne veut/peut plus se remettre en question.

Changer cet ordre défaillant passe par une réaction révolutionnaire, qui renverse les codes et les habitudes, pour promettre la fin des injustices.
Les intuitions populaires sont suffisamment justes, pures, et pertinentes pour être récupérées par la totalité des clans politiques.
Et ce sont elles qui forgent le paysage politique, sans véritablement le diriger.
Le meilleur moyen de réguler cette légitime révolution est de l’enferrer, politiquement, et de tenter d’atteindre le statu quo, le temps de l’assimiler.
Car sa nature fondamentale n’est justement pas politique, au sens restrictif comme au sens étymologique, mais protestataire et transcendante.

Une des revendications de ce mouvement est la démission du président.
Une personne qui incarnerait prioritairement les réponses à la majorité des attentes peut passer de sauveur à tyran suivant les alliances en cours.
Cette figure de pouvoir symbolise à elle seule cette quête du messie, qui elle-même représente un sentiment d’impuissance des femmes et des hommes sur le cours de leur vie en société.
Un désir puissant de libérateur qui influence à chaque élection le choix qui porterait en lui les germes d’un monde meilleur.

Ceci est juste un exemple, on peut réfléchir et tenter de comprendre bien d’autres sujets contemporains, tels que l’écologie, l’éducation, etc.

Le monde de Sophie

Vous allez me dire, mais que vient donc faire cet article sur ce site qui me détourne de ma confortable attente habituelle ??
Je penserais surement la même chose si j’étais lecteur, mais il y a un lien bien réel entre ces pratiques, photographie, nature, philosophie. Ce sont l’étonnement, le questionnement, et le partage.
En parallèle de mes photos nature, dans un prochain article je vous présenterais un livre initiatique à la philosophie, le monde de Sophie.

<< Illustration : Les lumières de la ville, Charlie Chaplin.

Dites moi ce que vous en pensez

  1. le partage des photographes n’est le mot juste, ils donnent à voir mais ne regardent pas les photos des autres. sur les blogs, c’est ainsi. je mets souvent des commentaires sur des magnifiques photos sans réponse.. Le monde de Sophie, je n’ai pas réussi à lire ce livre. je ne pourrai dire pourquoi. l’intuition est un sens oublié à cultiver. je n’ai que peu de connaissances et quand je photographie, je les oublie. je suis une herbe dans l’instant.

    • C’est de plus en plus rare comme nous le faisons de se rendre mutuellement service par un échange de petits commentaires.
      La pesanteur des codes des relations humaines engendre une désobligeance proportionnelle.
      On ne peut ni encourager la servitude ni le cynisme, la politesse du noble et l’honnêteté du bourgeois.
      Et la politesse du cœur ne s’apprend pas…
      Sur les blogs et dans la vie, le constat est assez proche.

      On m’a prêté le livre du monde de Sophie, vous allez pouvoir lire mon résumé prochainement.
      De ce que je peux connaitre, avant j’avais lu « Voyage au pays des philosophes – rendez-vous chez platon » de Klaus Held, il pourrait peut-être mieux vous plaire. Je ne sais pas, c’est plus humaniste.

      La connaissance est dispensable, la sensibilité alliée à la maitrise intuitive peut atteindre une singularité de l’art exercé.
      Une herbe dans l’instant, c’est une belle formule !

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