Bokeh, le flou artistique

Petite histoire

Estampe HokusaiC’est la philosophie zen qui influença les grands artistes japonais, qui étaient parfois des moines d’ailleurs, leur philosophie est une manière de concevoir les choses de manière simple, rigoureuse et précise. Les œuvres dont le but étaient de reproduire des instants de vie tels qu’ils se présentent ont utilisées cette technique particulière qui mettaient en valeur les sujets, en effet l’arrière plan n’était plus alors une source de distraction pour l’œil mais un environnement doux aux limites diffuses dans lequel le sujet devenait plus net et possédait plus de présence.

Et au vu de l’échange artistique qui s’est produit dès le 19e siècle entre l’Europe et le Japon, pas étonnant que l’on nomme aujourd’hui ce flou artistique de bokeh. C’est devenu une pratique courante dans la photographie, une véritable obsession parfois même pour certains macro-photographes qui ne jurent plus que par le “grand flou”, mais au-delà des abus ce peut-être une technique pertinente.

On connait la célèbre vague d’Hokusai, on sait peut-être un peu moins que ces artistes qui s’intéressaient aux évènements éphémères représentaient bien évidemment aussi des scènes nature, comme le montre l’image ci-contre de ce célèbre graveur et dessinateur, Hokusai. On peut noter dans cette image le bokashi employé pour le ciel couchant et l’eau, et ils ne limitaient pas d’ailleurs dans leurs techniques aux arrières-plans.

Des photographes s’inspirent profondément de ces estampes japonaises comme Stéphane Hette.

Technique

Si l’on possède un compact, on peut essayer de prendre un sujet dans un espace dégagé avec la fonction macrophotographie, c’est toujours une touche où apparait le symbole d’une petite fleur puisque l’on a souvent besoin de se rapprocher dans le cas de prise d’une fleur ou d’une petite plante. Normalement le plan net sera entouré d’un flou que l’on peut observer dès lors sur l’écran lcd. Si l’on est équipé d’un zoom on peut essayer de faire la mise au point par exemple en réalisant un portrait, à l’extérieur, pour qu’il y ait beaucoup d’espace entre la personne que vous prenez en photo et l’arrière plan.

Avec un bridge même démarche, on peut utiliser le mode macrophotographie, ou bien utiliser le zoom et on devrait même pouvoir utilisé un mode semi-automatique, le mode priorité à l’ouverture représenté par un A majuscule, dans ce cas cherchez à obtenir le plus petit chiffre que le permet votre appareil, f2.8 ou f4. Tout devrait être plus ou moins flou en dehors de la plage de mise au point, l’appareil se chargera de mesurer la vitesse d’obturation.

Pour les reflex c’est le même principe, que l’on ait un téléobjectif ou un objectif macro, on jouera sur les ouvertures pour agrandir le plan net en sachant que la plus petite ouverture permettra un plus grand flou, mais demandera aussi plus de précision dans la stabilité en fonction de la luminosité ambiante. Pour les iso il faut toujours préférer les plus petits chiffres, 50, 80, 100 ou plus si l’on s’y retrouve obligé. Là encore le mode priorité à l’ouverture est très pratique.

Quand il est impossible de réaliser un flou artistique

Longueur focale : 210mm, Iso : 125, f/10

Je me suis méfié d’avoir un plan net trop court pour photographier cette sauterelle verte, j’ai opté pour une ouverture de 10, qui rend floues les herbes en arrière-plan mais celles-ci sont très proches du sujet et sur une impression il serait difficile de repérer la sauterelle à travers toutes ces branches. Dans une situation idéale, la sauterelle devrait se située plus en hauteur et l’objectif  plus en contre-plongée, mais sur le terrain les herbes de ce champ sont très densément disposées.

Anax

Longueur focale : 210mm, Iso : 100, f/5.6

Comparé à l’exemple précédent, l’ouverte est plus petite, mais le feuillage peu distant qui apparait derrière la libellule gâche en grande partie l’intérêt du cliché. Difficile d’apercevoir la libellule. Pour un plan plus intéressant et au même endroit : voir les prochaines photos de l’aeschne.

Quand les conditions permettent un joli bokeh

Longueur focale : 55mm, Iso : 250, f/5.6

Pour cet agrion on change d’objectif pour réaliser une macrophotographie, l’objectif est standard, un 18/70 Sony sur lequel est monté une bonnette Raynox. La libellule est idéalement posée sur une tige haute et aucun élément ne vient perturber l’arrière plan. Par contre le plan net est tellement étroit que les yeux sont légèrement flous, dans ce cas il aurait fallu ouvrir à 8 ou 10 pour agrandir la zone de netteté.

Longueur focale : 210mm, Iso : 100, f/5.6, 1/1000s

Exercice difficile que de prendre une photo de libellule en plein vol, même s’il s’agit de l’imposante Aeschne. Pour ce qui est du flou d’arrière plan, aucun problème, c’est l’avantage d’être au bord d’un cours d’eau, aucun obstacle ne peut se trouver en direction de celui ci, l’aeschne se repose plutôt en hauteur, quand on le voit tournoyer au sol c’est qu’il est en chasse et ne cesse de s’activer, en général pas la peine d’attendre qu’un individu se pose, ici j’ai choisi de m’asseoir par terre, de régler une mise au point en espérant qu’il passe plus ou moins au bon endroit.

Le bokeh peut réserver d’étranges surprises dans certaines conditions de prise de vue, le rendu des reflets varie d’un objectif à un autre suivant la forme de son diaphragme, le rond qu’une source de lumière peut rendre se nomme même bokeh parfois.

Une grande ouverture est nécessaire, malgré tout on peut ne pas choisir la plus grande si le plan de netteté est trop court, dans tous les cas il faut connaitre son matériel et ne pas hésiter à effectuer plusieurs essais et réglages, car l’avantage du numérique c’est que l’on ne gâche pas de pellicule inutilement. L’objectif est aussi de se concentrer sur la composition de son cliché, car même si l’émotion de l’instant prime sur la considération technique, on regrette parfois de ne pas avoir choisi le bon réglage, notamment sur des scènes qui ont très peu de chances de se reproduire.

Au moins l’on peut toujours retenter sa chance.

Bonnes photos !


Approfondir avec d’autres exemples sur Wikibooks

Un bokeh par objectif, mais aucun n’est similaire, à voir sur rickdenney.com

7 pensées sur « Bokeh, le flou artistique »

  1. Très intéressant cet article, la comparaison entre bokeh et artistes japonais ne m’était jamais venu à l’esprit, et ça parait flagrant maintenant.
    De plus, les photos illustrant tes propos sont très convaincantes, l’agrion est splendide (je fait parti des personnes qui ne jurent que par le “grand flou”, peut être un peu trop au détriment de la netteté du sujet).
    Plus que la technique, c’est surtout le côté minimaliste qui me plait dans ces estampes d’arrière plan.
    Si je peut me permettre, il me semble qu’il est très difficile d’obtenir un bokeh lisse avec un compact ou un bridge, à moins que le fond soit vraiment très éloigné du sujet et que la distance de MAP soit très courte, la taille du capteur étant trop petite.
    Cela dit, j’ai souvent vu des résultats remarquables avec ce genre d’apn avec les conditions ci-dessus…

  2. Suis bien de l’avis d’Olivier!
    C’est un sujet délicat à traiter et tu l’as abordé en comparant le bokeh avec celui des superbes estampes japonaises!
    “Bon sang mais c’est bien sûr”!
    C’est également vrai que c’est une question qui fascine et même obsède beaucoup de photographes, moi y compris évidemment!! Il “habille” le sujet principal sans l’étouffer!
    Très intéressant, comme d’hab, quand tu abordes les questions plus techniques!
    Petite parenthèse: il me semble que ton Anax soit plutôt une Aeschne et probablement la mixte…. VEINARD!! :))
    Mes amitiés!

  3. Quand quelque chose nous parait méconnaissable, on peut s’aider de l’étymologie pour en découvrir le sens, d’ailleurs étymologie signifie la véracité dans le dit.
    La notion ne peut alors que ressortir enrichie dès la sortie de son ambiguïté.

    Merci de votre intérêt et de vos enrichissements & corrections ! 🙂

  4. Une petite piqure de rappel bien intéressante et qui engage à l’examen de conscience….”voyons, suis-je bien dans les clous”.
    Donc “100 fois sur le métier”, ton article interpelle et j’essaierai de me poser les bonnes questions lors de la prochaine sortie.

  5. Si ton objectif à une capacité macro, de pouvoir t’approcher à quelques centimètres c’est déjà possible d’avoir un bokeh, mais ça ne vaudra pas ce que tu peux obtenir avec tes lentilles.

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